Full transcript
0:05Salut à tous, j’espère que vous allez bien ! On se retrouve aujourd’hui pour ce qui va
0:09être la plus longue vidéo de l’histoire de ma chaîne, très clairement… Vous l’avez vu au titre,
0:15je vais vous parler du meurtre d’Elizabeth Short, plus connue sous le nom du Dahlia Noir.
0:19Aussi, vous l’avez peut-être noté, j’ai inscris sur la miniature de cette vidéo
0:24“La vérité sur le Dahlia Noir”. En fait, pour moi, il y a DEUX vérités.
0:28La première, c’est qu’il y a deux grands
0:30méchants dans cette histoire. J’y reviendrai au cours de la vidéo.
0:34Mais la seconde vérité, je vais vous la révéler dès maintenant, dans cette introduction.
0:38La vérité sur cette affaire, un nombre incalculable de personnes
0:42ont décrété la détenir. Elle se résumait presque toujours à l’identité du tueur,
0:46et elle était différente à chaque nouveau livre qui sortait sur l’affaire.
0:50Mais la vérité… C’est que le Dahlia Noir n’a jamais existé. Le Dahlia Noir,
0:55c’est une construction, une mythologie, née en 1947 et qui n’a cessé de grandir depuis. C’est
1:00un récit pour faire peur, pour épouvanter. Pour frissonner d’un plaisir un peu coupable ; même.
1:05Le Dahlia Noir, on connaît son visage ; vivante, pétillante,
1:09sexy. Mais on connaît tout autant son visage mort, défiguré, lacéré… trash.
1:16Mais derrière tout ça, la vraie victime,
1:17on connaît moins son nom. Elizabeth Short. Qui était-elle ? Qui l’a tuée ? Que lui est-il
1:23arrivé ? Personne n’a jamais réussi à raconter son histoire en entier.
1:28La vérité, à l’image de la victime, a été fragmentée en morceaux…
1:32Tous ceux qui prétendent le contraire vous ont menti. Et cette vidéo ne fait pas exception
1:37à la règle. Elle n'est qu'un aperçu de cette vertigineuse affaire. Elle ne peut que l’être,
1:42même si j’ai tenté de la rendre la plus complète possible, au moins à mon sens.
1:46Maintenant que vous connaissez cette première vérité,
1:49laissez-moi vous parler du meurtre d’Elizabeth Short. Je vous l’ai promis,
1:53je vais vous montrer que dans cette affaire, il y a au moins deux grands méchants.
1:57Des salauds, il y en a eu bien plus autour d’Elizabeth ; mais des vrais antagonistes,
2:02capables du pire… C’est à eux qu’on va aller se confronter.
2:06Il s’agit d’une vieille affaire puisque les faits se sont déroulés en 1947 et pourtant,
2:11on a énormément de sources, de photos, de pistes à aller creuser ensemble… Ce
2:15qui fait que cette vidéo est si longue, c'est parce que je ne me voyais pas la faire en
2:19deux ou plusieurs épisodes, je trouve que mon propos doit tenir dans un ensemble.
2:24Normalement, ça ne devrait pas être difficile à suivre pour vous
2:27au niveau de la chronologie ou même de la structure… Enfin j’espère !
2:31Vous allez voir, on va partir dans plusieurs directions différentes, ce sont plusieurs
2:36aspects de cette affaire mais qui se sont tous passés à peu près à la même époque, donc on va
2:41aller explorer une facette de l’histoire, puis une autre, puis encore une autre, etc.
2:46Mais avant ça, permettez-moi de vous parler rapidement du sponsor de cette vidéo : la
2:52maison d’édition J’ai Lu ; qui m’a contactée pour que je vous présente leur toute dernière
2:56sortie : The Fisherman, de John Langan !
2:59Il est disponible en librairie depuis mercredi, mais j’ai eu la chance de le
3:03recevoir en avant-première ; ce qui fait que j’ai pu commencer à le lire et pour le moment j’adore !
3:10L’histoire met en scène deux veufs qui vont se rapprocher par une activité commune : la pêche.
3:16C’est aussi à travers cette nouvelle passion qu'ils vont passer beaucoup de temps dans la
3:20nature sauvage des Catskills ; et qu’on les suit au fil du temps. On assiste à la naissance de leur
3:25amitié mais également à leur processus de deuil.... Jusqu'au jour où ils vont s’aventurer près d’une
3:31rivière entourée de légendes effrayantes, malgré les avertissements des locaux… Cette
3:37décision aura un impact absolument dramatique sur leur vie, mais je ne vous en dis pas plus
3:43pour vous laisser découvrir tout ça ! C’est un roman d’horreur qui mélange
3:47plusieurs styles que j’aime bien ; notamment de l’horreur psychologique, du conte horrifique
3:52style légende urbaine, mais aussi avec une dimension presque cosmique ; du genre fatalité
3:59à laquelle on ne peut pas échapper. John Langman a une écriture qui m’a
4:03personnellement rappelée celle de Lovecraft ; ou encore McDowell, l’auteur de la série
4:09Blackwater que j’avais vraiment adorée ! Bref, le livre est d’ores et déjà disponible
4:13chez votre libraire -ça peut aussi être une super idée de cadeau de Noël si vous
4:18avez des proches qui aiment ce genre de lecture. D’ailleurs, si vous voulez tenter votre chance,
4:23j’organise dans quelques jours un jeu concours sur Instagram pour remporter un exemplaire du livre !
4:29Encore merci encore aux éditions J’ai Lu pour leur soutien et leur confiance !
4:33Maintenant on va pouvoir passer au sujet du jour ;
4:36alors installez vous bien confortablement, parce que ça
4:38va être long. Éteignez vos lumières. Et dès que vous êtes prêts, c’est parti !
4:43[Mystery, HolFix]
5:27Nous sommes le matin du 15 janvier 1947 à Los Angeles, en Californie. Plus précisément dans le
5:33quartier de Leimert Park, une zone résidentielle alors en pleine expansion, qui compte son lot
5:39de maisonnettes, mais également de terrains vagues, prêts à accueillir de nouveaux chantiers.
5:44Betty Bersinger avance d’un bon pas sur le trottoir de South Norton Avenue,
5:49faisant rouler la poussette où elle a placé Anne, son bébé de 3 ans,
5:53toute emmitouflée pour supporter le froid mordant de ce début d’année.
5:57Soudain, le regard de Betty capte une anomalie dans ce décor urbain : là,
6:02sur la pelouse d’un terrain inoccupé, une forme longue et blanche attire son attention. C’est
6:08tellement lisse et clair que ça réfléchit la lumière de façon anormale. Betty plisse les yeux,
6:13on dirait un mannequin de magasin, qui aurait été balancé sur le sol.
6:17Les mains agrippées à la poussette, elle s’approche. Ses yeux parcourent la forme
6:21au sol mais son cerveau refuse d’assimiler la réalité. Tout à coup, Betty est prise par une
6:27vague d’effroi, alors qu’elle comprend ce qu’elle est en train d’observer.
6:30Elle manque de crier, fait demi-tour, et court, aussi vite qu’elle le peut,
6:34en poussant le landau en direction de la maison la plus proche.
6:37Arrivée à la porte d’entrée,
6:39elle tambourine, demande à emprunter le téléphone pour avertir la police.
6:43C’est ainsi que commence l’une des plus grandes énigmes criminelles de l’Histoire...
6:48Les premiers policiers arrivent très vite sur la scène de crime, sur South Norton Avenue,
6:53entre Coliseum Street et la West 39th Street. Ils sont très vite
6:57suivis par des journalistes, qui immortalisent en photo ce moment.
7:00Un corps de femme nue gît sur le sol froid. C’est une vision
7:04tellement choquante que l’esprit humain peine à croire qu’il s’agit de la réalité. Ce corps,
7:08il est coupé en deux, au niveau de la taille.
7:11Le buste a été décalé des jambes, d’une trentaine de centimètres environ. Les bras sont relevés,
7:17les coudes forment des angles à 90 degrés, les mains reposent, paumes vers le haut, de chaque
7:22côté de la tête. Le visage est défiguré par de larges entailles de chaque côté de la bouche ;
7:27ce qu’on appelle plus communément un sourire de Glasgow, ou sourire de l’ange.
7:32Les jambes sont grandes écartées, dévoilant les parties génitales de la jeune femme. De
7:36profondes lacérations marquent la chair au niveau du pubis, des cuisses et des seins.
7:41Et pourtant, la scène n’est pas sanglante : le corps a été vidé de son sang, puis intégralement
7:47nettoyé ; d’où cette blancheur extrême de la peau. Les organes internes, notamment les intestins,
7:52ont soigneusement été repliés et glissés sous les fesses de la victime, pour ne pas être apparents.
7:57Et puis, juste à côté, dans la boue encore meuble, on remarque des empreintes : celle d’un pas,
8:03mais aussi d’un pneu de voiture. On trouve aussi un sac de ciment vidé, taché de sang.
8:08C’est probablement ici que l’assassin s’est garé pour décharger le corps ; car oui,
8:12tout indique que la victime a été tuée ailleurs, et qu’on est venue la déposer là plus tard.
8:17Qui est-elle ? Qui lui a fait ça ? Pourquoi ? A ce stade,
8:21on ne sait rien, mais déjà, la presse se hâte de publier la nouvelle. Vers 15h,
8:25c’est le journal l’Examiner qui ouvre la voie en premier, en ajoutant un extra à son édition du
8:30matin. En quelques heures à peine, toutes les éditions du supplément sont vendues.
8:34Le lendemain, l’affaire fait la une de plusieurs journaux, dont l’Examiner, qui écrit :
8:39“Tuée par un démon, une adolescente a été découverte sur un terrain vague
8:43hier. Le corps nu était sectionné à la taille. La mort l’a emportée,
8:47selon la police scientifique, après des heures de torture.”
8:50Le corps de la jeune femme, dont l’identité reste encore inconnue,
8:53est remis au médecin légiste Frederick Newbarr pour une autopsie,
8:57qui permettra d’en apprendre plus sur le profil de la victime, et les circonstances de son meurtre.
9:03Avant que je vous détaille ce qu’on pense qui a été mentionné sur le rapport d’autopsie,
9:07il faut que je vous prévienne : ce document n’a jamais été rendu public.
9:12Pendant très longtemps, la police a justifié cette décision en disant que
9:16le rapport mentionnait des choses qui n’ont jamais été révélées,
9:19et qui ne peuvent qu’être connues du tueur -et des quelques personnes qui ont eu accès au rapport,
9:25évidemment. Sauf qu’en 2003, on a appris que ce rapport était désormais déclaré perdu.
9:30On ne sait pas quand, où, quoi, comment… On ne sait rien sur les circonstances de
9:35la disparition de ce fichier ; mais c’est loin d’être le seul élément du dossier
9:39a avoir été perdu au fil des années… Donc ça ne facilite pas les choses.
9:43Si vous me connaissez un peu, vous savez que je dis très souvent qu’aux Etats-Unis,
9:47on a l’habitude d’avoir accès aux éléments d’une affaire, que ce soit les rapports de police,
9:53les rapports d’autopsie ; même aujourd’hui c’est aussi énormément d’éléments numériques, les vidéos
9:59des interrogatoires, des bodycams des policiers lors des perquisitions et des interpellations…
10:05Bref, c’est assez inhabituel qu’un document reste aussi mystérieux, et je pense que ça
10:10contribue au fait qu’aujourd’hui encore, l’affaire fascine autant.
10:13Mais bon. Ce rapport d’autopsie, il a néanmoins existé à un moment donné et il a notamment été cité,
10:19probablement partiellement, lors d’une audience au Hall of Justice.
10:24Depuis, il a été retranscrit dans divers livres,
10:26comme dans “L’encyclopédie des crimes irrésolus” publié en 2004 par Michael Newton.
10:31Voici ce qu’il nous apprend :
10:33La victime est une jeune femme, mesurant 1m65 pour 52 kilos. Ses cheveux sont bruns,
10:39bouclés et teints au henné. Ses yeux sont bleus clairs, et ses dents sont en mauvais état,
10:44avec beaucoup de caries, ce qui montre un manque de soins bucco-dentaires -et
10:49qui est donc un premier indice sur les moyens financiers de la victime.
10:52Voilà pour l’instant ce que l’on peut noter concernant son profil et son identité. Ses
10:56empreintes digitales sont relevées et transmises à la police pour comparaison.
11:00Maintenant, concernant tous les indices laissés sur son corps concernant le meurtre,
11:05il y a énormément de choses, donc je vais essayer d’aller à l’essentiel.
11:09Le médecin légiste note d’abord des traces de liens au niveau des poignets,
11:13des chevilles et du cou, ce qui indique que la victime a été attachée avant sa mort.
11:19Ensuite… Il n’y a a pas de manière d’aborder cette autopsie de façon douce,
11:23je suis désolée, je vais essayer d’utiliser des termes techniques
11:27mais en vous les expliquant de la façon la plus simple et clinique possible…
11:31Le corps a subi un hémisomatectomie, c’est-à-dire qu’il a été séparé en deux entre la deuxième et la
11:37troisième vertèbre lombaire. C’est une opération chirurgicale hors du commun, qu’on dit de dernier
11:43recours puisqu’elle ampute le patient de toute la partie basse de son corps, de ses jambes, de son
11:48bassin, et tout ce qui est à l’intérieur, donc système urinaire, rectum et parties génitales.
11:53Dans le monde, aujourd’hui, moins d’une centaine de cas ont été répertoriés dans
11:57la littérature médicale, et peu ont réellement permis aux patients de vivre longtemps après.
12:02C’est donc quelque chose d'extrême, de très rare, et encore plus pour l’époque puisque figurez-vous
12:08que le premier cas de patient ayant survécu à ce type d’intervention n’a été documenté qu’en 1960.
12:14Mais bien sûr, vous vous en doutez, dans le cas de notre affaire, la dissection a été effectuée
12:19post-mortem, comme le prouve l’absence d'hématomes autour de la plaie. Ce n’est donc pas à proprement
12:25parler une hémisomatectomie ; mais c’est quand même très important de retenir ce que je viens
12:31de vous dire, parce qu’on y reviendra plus tard, quand je vous parlerai des suspects.
12:34Ensuite concernant le visage de la victime, comme je vous l’ai dit,
12:38il est extrêmement défiguré. Le crâne a été frappé plusieurs fois,
12:42notamment à l’avant droit et les joues ont été déchirées de chaque côté de la bouche.
12:46Ces blessures là semblent avoir été faites du vivant de la victime et pour le légiste, c’est
12:52la perte de sang dûe à ces blessures et le trauma crânien qui ont causé la mort de la jeune femme.
12:58L’acharnement est indéniable. Très clairement, elle a terriblement souffert avant de mourir.
13:04Maintenant, j’aimerais bien revenir sur plusieurs points très précis concernant cette autopsie,
13:08parce qu’il y a eu beaucoup de désinformation, et il est probable que vous en ayez déjà entendu…
13:14Alors pour commencer : non, aucun organe interne n’a été prélevé
13:18à la victime. Il a beaucoup été dit que son utérus lui avait été retiré,
13:22et je pense que c’est dû au fait que son pubis était très mutilé, qu’il a reçu
13:26beaucoup d’entailles comme un quadrillage sur la surface, mais rien n’a été enlevé à l’intérieur.
13:32D’ailleurs, tous les organes génitaux de la victime étaient normaux : elle n’était pas
13:36enceinte, elle n’avait pas de malformation quelconque. Je préfère le placer ici,
13:41parce que ça a beaucoup été dit, alors que c’est faux.
13:44Par contre, il y a beaucoup de petits détails à noter, et je vais vous en faire la liste. Je
13:49suis désolée, c’est pas la façon la plus travaillée de vous amener les choses,
13:53mais je préfère être concise sur cette partie, parce qu’il y a encore beaucoup de choses à dire.
13:58Déjà, comme je vous l’ai dit, il y a beaucoup d’entailles sur le corps,
14:01notamment, sur le pubis, les cuisses et les seins. Sur la cuisse gauche,
14:06il y a carrément une plaque de peau manquante, qui correspond, on le découvrira plus tard,
14:11à un tatouage de rose, que s’était fait la victime des années avant.
14:15Est-ce que cette marque distinctive a été retirée pour retarder ou éviter
14:19son identification ? C’est possible. Je dois aussi mentionner des rumeurs
14:24selon lesquelles ce carré de peau tatouée aurait été roulé puis inséré dans les parties
14:30génitales de la victime. Est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est faux ? J’en sais trop rien,
14:34mais ça revient souvent, et j’ai pas trouvé quoi que ce soit ni pour l’étayer, ni pour le réfuter…
14:39Concernant une autre rumeur, il a parfois été dit que la victime avait été forcée de
14:44manger ses excréments avant sa mort. En réalité, c’est très peu probable.
14:49En fait, ça se base sur une ligne de ce possible rapport d’autopsie (je vous rappelle que le
14:54document officiel, on ne l’a jamais vu) qui mentionne la présence de matières fécales dans
15:00l’appareil digestif ou l’estomac, c’est difficile d’être sûrs en fonction des interprétations
15:05des mots… Ce qui peut être assez normal, si la digestion d’un aliment avait commencé par exemple.
15:10Bref, je pense que ce n’est pas un élément sur lequel on arrivera à avancer, puisqu’on ne
15:15peut pas se baser sur le rapport tel qu’il a été rédigé, mais seulement comment il a été rapporté.
15:21Ensuite, il y a des choses cette fois qu’on ne peut pas affirmer,
15:24mais qu’on peut supposer. Le fait que la victime ait pu être agressée sexuellement, par exemple.
15:30Le rapport d’autopsie indique qu’aucune trace de sperme n’a été retrouvée sur
15:34et à l’intérieur du corps -mais bon, on avait pas les mêmes moyens
15:38de détection pour ce genre de choses en 1947 qu’aujourd’hui- ; mais par contre,
15:42il rapportait une “forte dilatation du canal anal”, ce qui laisse supposer un vi*l.
15:48Autre chose : les coupures au niveau du visage ressemblent à des coupures faites
15:53avec un couteau ou un scalpel. Or, c’est évident, l’opération d’hémisomatectomie a
15:59été faite avec des outils bien plus précis ; du matériel médical,
16:03puisque la coupure du corps est vraiment "“propre”".
16:08En plus, comme je vous l’ai dit, on a des blessures infligées avant la mort, d’autres après.
16:13Donc on a potentiellement deux types d’instruments, deux moments
16:16différents… Ce qui peut faire penser : peut-être deux personnes impliquées ?
16:21Enfin, concernant le moment du décès, il semble être survenu assez peu de temps
16:25avant la découverte du corps, puisque les policiers qui ont fait les premières
16:29constatations sur la scène de crime, ont affirmé que le phénomène de rigor mortis,
16:35la rigidité cadavérique, n’avait pas encore eu lieu lorsqu’il ont trouvé le cadavre.
16:40Pour ceux qui ne le savent pas, en fait un corps mort, ça traverse un
16:43certain nombre d’étapes : d’abord le corps se refroidit, il va ensuite se rigidifier,
16:48puis cette raideur va repartir, et ensuite il va commencer à se décomposer.
16:53Tous ces stades sont évidemment un peu influencés par les conditions extérieures :
16:58l'humidité, le froid, la chaleur, etc. mais c’est quand même de bons indicateurs pour
17:04dater presque à l’heure près, le décès. Ce qui permet de conclure qu’Elizabeth
17:08Short est probablement morte dans la nuit du 14 au 15 janvier 1947.
17:14Voilà, bon, c’était assez long de vous détailler tout ça, mais je pense que c’était
17:18important de reprendre ces éléments, parce que vous allez le voir,
17:22par la suite on va avoir beaucoup de suspects… Et dans un cold case
17:26comme ça, la clé du mystère se cache probablement dans des petits détails.
17:30Revenons-en à notre affaire. On est donc le 16 janvier 1947, et pour l’instant,
17:36on ne sait toujours pas qui est la victime de cet affreux crime.
17:39Mais, on tient une piste, puisque, je vous l’ai dit,
17:41on a relevé les empreintes digitales de la jeune femme, et maintenant,
17:45il ne reste plus qu’à les transmettre au FBI pour voir si on trouve une correspondance.
17:49Ah oui mais le problème, c’est que là, les empreintes, elles se trouvent à Los Angeles,
17:55et pour les envoyer à Washington, il faut littéralement les mettre dans un
17:59avion. On a pas internet à l’époque, on a même pas encore le fax ; et donc,
18:03la plupart des informations, elles circulent dans des soutes d’avions…
18:07Sauf que là, ça va coincer… parce qu’il y a une énorme tempête de neige sur les Etats-Unis,
18:12qui empêche les avions de circuler. Il va falloir attendre que ça passe,
18:16et perdre de précieux jours, ce qui peut devenir hyper handicapant pour l’enquête.
18:20À moins que… Et si je vous disais que de grosses entreprises, tenues par de grandes fortunes,
18:26possèdent, elles, des moyens bien plus gros que la police et notamment une technologie incroyable
18:32permettant d’envoyer de l’information à l’autre bout du pays en deux temps trois mouvements,
18:37vous me croyez ? Ben oui vous me croyez, bien sûr que vous me croyez, et vous avez raison.
18:42La Hearst Corporation, propriétaire de plusieurs
18:46journaux, a développé une machine totalement révolutionnaire, qui s’appelle Soundphoto,
18:52et qui permet, comme son nom l’indique, d’envoyer des images par le téléphone.
18:56La compagnie, fort serviable, propose donc à la police de Los Angeles d’utiliser l’appareil
19:02pour transmettre les empreintes à son antenne à l’autre bout du pays,
19:05puis de les remettre au FBI. En échange d’un petit scoop, bien sûr.
19:10Ben oui, forcément, si les données passent par leur machine, ils seront donc les premiers à les
19:14avoir. Et ce genre d’infos, en avant-première, dans une affaire comme ça, ça vaut de l’or.
19:19Bref, la police accepte, et vous savez quoi ? Ça paye, parce qu’une heure plus tard,
19:25la réponse du FBI arrive. On a l’identité de la jeune femme coupée en deux.
19:29Elle s’appelle Elizabeth Short. Elle a 22 ans. Et ses empreintes ont été
19:34relevées suite à son arrestation le 23 septembre 1943 pour consommation d’alcool
19:40dans un bar alors qu’elle était mineure -elle avait 19 ans au moment des faits.
19:44Ses empreintes ont même été reprises une seconde fois, un peu plus tard,
19:48quand elle a postulé pour travailler dans un commissariat de l’armée américaine,
19:53donc clairement, il n’y a aucune erreur possible, aucun doute, c’est bien elle.
19:58C’est ici qu’entre en scène un nouveau protagoniste majeur de notre affaire,
20:03qui avait déjà commencé à pointer le bout de son nez depuis le début
20:06en fait… Si, ne me dites pas que vous ne l’aviez pas remarqué, voyons.
20:10La presse ! Mais oui, les journalistes ont commencé à tourner autour du corps d’Elizabeth
20:15Short à peine on l’avait découvert et depuis… ils ne l’ont jamais lâché.
20:21Le rédacteur en chef du Los Angeles Examiner récupère l’identité de la victime,
20:25et immédiatement, il confie à l’un de ses journalistes
20:28la tâche d’appeler la mère d’Elizabeth Short.
20:31Elle s’appelle Phoebe Short. Elle vit dans le Massachusetts, à l’autre bout du pays.
20:36Littéralement hein, on peut difficilement faire plus éloigné de Los Angeles…
20:40Elle n’est au courant de rien évidemment, quand le téléphone sonne chez elle et qu’elle décroche.
20:44Elle ne s'attend pas à la joie qui va d’abord la traverser, quand elle va apprendre la nouvelle.
20:49Bah si, la joie… Parce que le journaliste au bout du fil, qu’est-ce qu’il lui dit ?
20:55- Vous êtes bien la mère d’Elizabeth Short, pas vrai ? Ici Wain Sutton, journaliste au
20:59Los Angeles Examiner. J’écris un article à propos de votre fille. Vous n’êtes pas au courant ? Elle
21:05vient de gagner un concours de beauté ! J’aimerais vraiment que vous me parliez d’elle…
21:10Alors oui, Madame Short est gagnée par le bonheur en entendant ça. Sa fille Elizabeth,
21:16qui gagne un concours de beauté à Los Angeles,
21:19la ville des stars, mais c’est formidable ! Qu’est-ce qu’elle est heureuse.
21:24Oh, elle a toujours su que sa fille deviendrait célèbre. Ben oui,
21:27elle est si jolie, elle en a déjà gagné des concours de beauté. Celui de Medford par exemple,
21:33la petite ville où elle a grandi. Et puis un peu plus tard, elle a été élue
21:36“Miss Camp Cutie” à Camp Cooke, une base militaire où elle a travaillé quelque temps.
21:41Ah ça c’est sûr hein, Elizabeth, elle a toujours plu aux hommes. Aux dernières nouvelles,
21:46elle s’est rendue à San Diego avec des amis, en particulier un gentleman surnommé
21:50“Red”. C’est ce qu’elle a écrit dans sa dernière lettre, datée du 8 janvier.
21:55Le journaliste acquiesce. Il prend des notes. Beaucoup de notes.
21:59- Super madame, c’est super tout ce que vous me racontez là ! Bon, il faut que je vous dise
22:05quelque chose. Je ne vous ai pas tout dit. En fait… votre fille est morte. Elle a été
22:10assassinée. Son corps a été retrouvé hier, sur un terrain vague, à Los Angeles. Coupé en deux.
22:19Quand on pense au Dahlia Noir… à Elizabeth Short,
22:23on se dit souvent que c’est une affaire sordide dans laquelle un monstre est parvenu à s’échapper,
22:28à s’évaporer alors qu’il était probablement là, sous nos yeux, depuis le début.
22:33Mais moi, je vous avais bien dit qu’il y en avait deux.
22:36L’assassin, oui. Mais aussi la presse.
22:40*
22:41L’Examiner de Los Angeles va ensuite tout faire
22:45pour garder la mainmise sur Phoebe Short. Sous couvert d’empathie,
22:49le journal va lui payer son billet d’avion et son hôtel pour la faire venir à Los Angeles,
22:54afin qu’elle puisse reconnaître le corps de sa fille, et puis aider la police, de son mieux.
22:59Dans les faits, ils n’en avaient rien à faire de cette pauvre femme,
23:03de cette pauvre mère, qui était tellement choquée qu’elle n’arrivait pas à croire
23:07que sa Elizabeth lui avait été arrachée. Personne ne l’a accompagnée à la morgue
23:11pour la reconnaissance du corps. Personne n’a été là pour la soutenir.
23:15Personne non plus ne sera vraiment là par la suite pour l’écouter et surtout pour publier
23:20le portrait qu’elle fait d’Elizabeth : une jeune femme gentille, timide, douce,
23:25sage et innocente. Qui ne fume pas, ne boit pas, ne se drogue absolument pas...
23:30Nan, ça ne colle pas à l’image vendeuse qu’ils veulent pour leurs unes.
23:34Phoebe Short a été profondément blessée, maltraitée, utilisée puis ignorée par
23:39la presse sans aucune considération pour sa douleur de mère endeuillée.
23:43Je vais passer un peu rapidement sur l’histoire de la vie d’Elizabeth Short. Ne vous inquiétez pas,
23:49je vais quand même vous en faire un petit résumé, mais si vous voulez plus d’informations,
23:53je vous recommande mon propre livre “La malédiction du Cecil Hotel”,
23:58dans lequel j’ai consacré plusieurs chapitres à Elizabeth Short ; mais aussi un excellent ouvrage,
24:04qui est aussi beau que bien : “A Short Story” de Run et Florent Maudoux.
24:10Ce n’est pas une sponso, c’est pas un placement de produit,
24:12j’ai acheté ce livre avec mon argent parce que je suis passionnée par
24:16l’affaire du Dahlia Noir et vraiment, je ne peux que vous le recommander.
24:20Je l’ai dévoré d’une traite, il est super bien documenté, super bien illustré. Il se
24:25concentre en grande partie sur Elizabeth Short, sur toute sa vie, ses 22 ans de vie, avec bien
24:31sûr un accent mis sur les derniers mois, les dernières semaines avant son meurtre, parce que
24:36c’est sûrement dans cette période là que sa cache la clé du mystère, évidemment.
24:40Pendant que je préparais cette vidéo, je me suis permise de contacter ses auteurs et on
24:45a pas mal discuté, ils m’ont également donné l’autorisation de montrer quelques-unes des
24:50illustrations du livre dans ma vidéo ; donc je les en remercie énormément !
24:55Je vous reparlerai plus en détail de mes échanges avec Run tout à l’heure
24:58dans la vidéo, à propos des suspects, parce qu’on a beaucoup débattu de tout ça ensemble.
25:03En tout cas, si moi, ici, je vais devoir survoler la vie d’Elizabeth Short,
25:07sachez que, si ça vous intéresse, je vous recommande ces livres.
25:12Bon, je vais quand même vous faire une petite biographie d’Elizabeth Short,
25:15pour que vous sachiez au moins un peu qui elle était.
25:18Elizabeth Short, c’est son nom complet. Il n’y a pas de deuxième prénom ou quoi,
25:24bien que ça ait pu être écrit dans des documents officiels et repris dans des livres,
25:29c’était des erreurs. Avec ses proches, elle était éventuellement parfois surnommée “Beth” ou “Betty”.
25:35Elle est née le 29 juillet 1924 à Boston dans le Massachusetts, puis a grandi à Medford,
25:41dans la banlieue de Boston. Elle avait 4 sœurs, deux grandes, deux petites,
25:46et elles ont principalement été élevées par leur mère, Phoebe, qui était mère au foyer.
25:51Leur père Cléo, lui, avait monté un business de voiturettes de golf,
25:56qui a été prospère un temps mais qui a fait faillite suite au krach boursier de 1929.
26:01En octobre 1930, Cleo disparaît. Sa voiture est retrouvée abandonnée sur
26:06un pont. La police enquête, découvre ses dettes et conclu à un s*icide.
26:11Pour continuer à subvenir aux besoins de ses cinq filles,
26:13Phoebe est obligée de cumuler plusieurs petits jobs, mais aussi de déménager dans une sorte
26:18de collocation. Bref, le début de la vie d’Elizabeth Short est loin d’être rose.
26:23Il n’est pas amélioré non plus par sa santé fragile : en fait Beth tombe énormément malade,
26:29elle a des problèmes respiratoires, de l’asthme… Elle est opérée des poumons à 15 ans mais
26:34ça ne suffit pas, et les médecins expliquent à Phoebe que le climat est trop rude pour sa fille.
26:39Ils lui suggèrent de déménager plus au sud, mais c’est impossible pour Phoebe étant donné
26:44sa situation financière. Finalement, chaque année, Elizabeth est envoyée seule passer
26:506 mois de l’année en Floride pour esquiver l’hiver. Bon, je dis seule, bien sûr en fait,
26:55elle part chez des amis de la famille à Miami, mais bref, vous avez compris.
26:59Evidemment, à cause de ces déracinement constants,
27:02Elizabeth a beaucoup de mal en cours et elle finit par abandonner le lycée.
27:06Presque au même moment, Phoebe reçoit une lettre de Californie signée… de Cleo,
27:11son “défunt” mari qui n’a en réalité, pas du tout sauté d’un pont, mais tout fait
27:16pour faire croire à sa mort et s’enfuir refaire sa vie à l’autre bout du pays.
27:20Elizabeth, qui n’a presque jamais connu son père puisqu’elle avait 6 ans lors de sa disparition,
27:26décide de le rejoindre pour renouer les liens. Sauf que ça va très mal se passer, ils ne
27:31s’entendent pas du tout et leur cohabitation ne dure que quelques semaines, fin 1942/début 1943.
27:38A la suite de ça, Elizabeth va énormément bouger d’endroits, dormir chez des amis,
27:42faire des petits boulots ; bref tout ça, comme je vous l’ai dit, je ne vais pas
27:46trop le détailler dans cette vidéo et je vous renvoie aux deux livres que j’ai mentionnés.
27:51Ce qu’il faut au moins que vous sachiez, c’est qu’au cours de cette période,
27:55elle fréquente beaucoup de militaires. Elle est amie, voir en couple avec certains d’entre eux.
28:00Bon… visiblement, c’était son type d’hommes, les militaires,
28:04c’est comme ça. Mais c’est pas anodin, sachant qu’on est en pleine Seconde
28:08Guerre mondiale à ce moment-là, hein, c’est un détail important quand même.
28:12Elle est notamment dans une relation avec le lieutenant de l’aviation américaine
28:16Joseph Gordon Flicking ; puis plus tard avec Matthew Michael Gordon Junior,
28:21qui malheureusement perd la vie dans un crash aérien en Inde le 10 août 1945,
28:275 jours avant la capitulation du Japon et l’arrêt des combats.
28:31Cet événement là va énormément marquer Elizabeth Short, qui semblait très amoureuse, et qui
28:37avait même dit à sa mère que le major l’avait demandé en mariage, donc qu’ils étaient fiancés.
28:42C’est quelque chose dont elle reparlera par la suite, de façon récurrente,
28:46presque lancinante ; et qui petit à petit va se transformer. C’est-à-dire que sa
28:51version des faits… elle va évoluer avec le temps.
28:54Elle finira par dire qu’ils étaient mariés et même qu’elle a eu un enfant avec lui,
28:58ce qui n’est pas vrai du tout, mais, encore aujourd’hui, on ne sait pas si c’était juste
29:03des mensonges, ou si elle avait fini par croire elle-même à cette version.
29:07Bref. Tout ça, c’est du contexte qui est important à connaître,
29:10à mon sens. C’est vraiment le minimum du minimum pour comprendre la suite, on va dire.
29:15On va faire un saut jusqu’en 1946, vers la fin d’année,
29:18et on va retrouver Elizabeth à Los Angeles, où elle vivote en squattant de lieu en lieu,
29:24en passant par beaucoup d’hôtels aussi, pour tenter d’avoir un toit sur la tête.
29:28Bah oui parce que vous l’avez compris, avec ce début de vie difficile,
29:32Beth n’a pas été aussi scolarisée autant qu’elle aurait dû l’être, elle n’a pas de diplôme,
29:37donc elle a parfois des petits boulots mais la plupart du temps, en fait, elle n’a rien à faire.
29:42Ses journées sont longues, elle erre, et elle développe des techniques pour survivre.
29:49Elle a quand même certains atouts de son côté : elle est très belle, vous l’avez compris,
29:53et elle a une personnalité hors du commun, qui marque ceux qui la rencontrent.
29:58Elle s’habille et se maquille presque comme une star, bien que, très clairement,
30:02elle n’a pas le train de vie qui va avec.
30:04Elle est timide mais en même temps, elle engage facilement la conversation avec les gens,
30:08pour parler de tout et de rien mais ensuite, se greffer à eux, se faire inviter à manger au resto,
30:14à boire un verre ou même chez eux. Ça marche particulièrement avec les hommes, évidemment.
30:20En fait, Elizabeth Short, pour moi, c’est la représentation du proverbe
30:24“fake it until you make it”, c’est-à-dire “fait semblant, jusqu’à le faire vraiment”.
30:29On a beaucoup dit qu’elle était venue à Los Angeles parce qu’elle
30:32rêvait de devenir une actrice, une star de cinéma. En réalité,
30:37elle n’a jamais tourné dans quoi que ce soit ; et je pense que ce qui l’attirait vraiment,
30:42c’était le succès. Alors peut-être que c’était la célébrité, pourquoi pas, mais je pense surtout
30:47que derrière ça, ce qu’elle voulait ; c’était la réussite, le statut social, et l’argent.
30:52Dans ses paroles, ce qui revenait, c’était surtout cette envie de revanche sur la vie,
30:57de ne revenir auprès des siens dans le Massachusetts que quand elle aurait fait
31:01ses preuves, montré qu’elle était capable de grandes choses et de rendre fiers ses proches.
31:07Alors peut-être qu’effectivement, voyant quels étaient ses points forts, surtout son physique,
31:12et puis l’ambiance de Los Angeles à l’époque, qui était un vivier à nouveaux talents,
31:17à l’émergence de starlettes et tout ça ; peut-être que c’est pour ça qu’elle a pensé au cinéma,
31:22ou au mannequinat, mais je ne pense pas que c’était foncièrement ça son rêve.
31:27Pour moi, le vrai rêve d’Elizabeth Short, ce à quoi elle aspirait réellement, c’était l’amour.
31:32Aimer un homme. Être aimée d’un homme. Se marier, fonder une famille. Selon moi,
31:38c’était ça, sa véritable quête, et c’est terrible que la presse puis ensuite,
31:42la pop culture, aient fait d’elle ce qui a été fait, c’est-à-dire le portrait d’une traînée.
31:48Le Dahlia Noir, puisqu’on a vite effacé son nom,
31:51on l’a présentée comme une croqueuse d’hommes, une prostituée, une actrice porno… Une femme
31:58vénale, prête à vendre son corps et son cul pour la célébrité.
32:02Mais c’était pas Elizabeth Short, en vrai, ça. Oui, c’est clair qu’elle usait de son charme
32:07pour aborder des mecs dans la rue, mais le but derrière, c’était de se faire payer un resto
32:12pour pouvoir manger, gratter peut-être un billet pour se payer une nuit d’hôtel, qu’elle passerait
32:17seule si possible, ou en leur compagnie parce que ben… c’est mieux que de dormir à la rue.
32:22Elle acceptait aussi qu’on lui offre des jolis vêtements, des affaires, pour continuer à donner
32:27cette impression de femme à l’aise, à la mode, charmante, plutôt que la réalité qui
32:33était que… bah elle était sans domicile fixe, elle avait constamment faim, elle avait
32:38des dents toutes cariées, elle était obligée de combler les trous avec de la cire de bougie.
32:44C’était plutôt ça, Elizabeth Short. Une femme
32:46qui tentait de survivre dans la jungle qu’est le Los Angeles d’après-guerre,
32:50portée par l’espoir soit d’être repérée par un producteur pour enfin s’élever de sa condition,
32:56soit de rencontrer l’amour de sa vie, épouser son prince et devenir la femme parfaite pour lui.
33:02Enfin bon, après cette petite digression (nécessaire quand même),
33:06on peut reprendre. On va se placer au début du mois de décembre 1946.
33:10Elizabeth Short vit maintenant depuis quelques semaines dans
33:14une sorte de collocation avec huit autres filles, dans l’appart-hotel Chancellor,
33:19près d’Hollywood Boulevard. Entre Beth et les autres, ça ne se passe pas très bien,
33:23parce qu’elle est toujours en retard pour payer ses nuits.
33:26La jeune femme est agitée ; certains affirment qu’elle été suivie dans la rue,
33:29qu’elle a eu des altercations avec des hommes, mais on a jamais plus de détails. Ce qui est
33:35sûr par contre, c’est que son anxiété se lit sur elle et surtout au bout de ses doigts,
33:39où tout le monde remarque ses ongles rongés jusqu’au sang.
33:42Le 6 décembre 1946, Elizabeth Short quitte l'Hôtel Chancellor,
33:47elle croise Linda, l’une de ses colocataires, mais ses adieux sont brefs, presque précipités.
33:53Le 9 décembre, la jeune femme est à San Diego. C’est une employée de cinéma, Dorothy French, qui
33:58la trouve endormie dans un fauteuil après la fin de la dernière séance du soir. Beth, visiblement
34:04vulnérable, se présente : elle débarque d’Hollywood, les poches vides, désemparée.
34:09Dorothy French lui propose de parler d’elle à son patron le lendemain,
34:13pour essayer de lui trouver un petit job au guichet du cinéma, et en attendant,
34:17elle l’invite à passer la nuit chez elle où elle vit avec sa mère et son petit frère.
34:22Elvera French, la mère de Dorothy, prend très vite Elizabeth sous son
34:26aile, surtout quand elle se reconnaît -enfin croit se reconnaître- en elle.
34:31En gros, Elvera French est veuve de guerre, et Elizabeth dit que c’est son cas aussi. Elle lui
34:37montre d’ailleurs des lettres et une photo d’elle avec le major Matt Gordon, ainsi qu’une coupure
34:43de journal annonçant sa mort dans le crash d’avion, qu’elle a toujours avec elle. Elle va
34:48même jusqu’à lui raconter qu’elle a eu un enfant avec lui, mais que cet enfant est mort tout bébé.
34:53Là encore, vous le voyez, Elizabeth Short ment. Elle s’invente une vie,
34:58en s’inspirant de faits réels comme point de départ, mais
35:00elle tord complètement la réalité pour arriver à une version qui l’arrange,
35:05parce que ça va lui attirer de la sympathie et que les gens seront plus enclins à l’aider.
35:10Sauf que… ce qui devait être un hébergement temporaire d’une ou
35:14deux nuits va finalement se transformer en squat d'Elizabeth, pendant un mois.
35:18Alors, même si Elvera French s’attache clairement à la jeune femme, ben
35:23elle fini quand même par trouver le temps un peu long ; surtout qu’Elizabeth sort tous les soirs,
35:28se fait inviter au restaurant par des hommes et dort dans le canapé tous les matins, jusqu’à midi.
35:33Bref, elle a pas vraiment le comportement de la veuve éplorée qu’elle a prétendu être au départ.
35:39Et puis, du jour au lendemain, Elizabeth repart. Le 8 janvier 1947,
35:45elle balance sa valise à l’arrière du véhicule d’un dénommé “Red”, et fait ses adieux aux French,
35:50qui la regardent partir, impuissants et pris d’un mauvais pressentiment.
35:55Cet instinct, il leur ne vient pas de nulle part. Il se trouve que la veille,
35:59il y a eu… On ne pourrait pas vraiment parler d’incident,
36:02mais disons, un événement bizarre, qui semble avoir précipité son départ.
36:07Durant la nuit, 3 inconnus se sont approchés de la porte d’entrée des French. Un homme et
36:12une femme ont tambourinné à la porte, tandis qu’un deuxième homme les attendait près de
36:16leur voiture. Elizabeth n’est jamais allée leur ouvrir, et ils ont fini par repartir bredouille,
36:22mais cela semble tellement l’avoir terrorisée que le lendemain, elle prend la poudre d’escampette.
36:28Voilà ce que savent les policiers ainsi que les journalistes après avoir retrouvé la
36:32trace des French, quelques jours après la découverte du corps d’Elizabeth.
36:36Il y a encore beaucoup de mystères et d’interrogations, à commencer par le laps
36:40de temps entre le 8 janvier, en fin de journée, lorsqu’elle quitte San Diego à bord d’une voiture
36:46conduite par le dénommé “Red”, et le matin du 15 janvier, où on découvre son corps à Los Angeles.
36:52Mais, on a désormais un suspect en ligne de mire : le fameux “Red”
36:56que les French ont rencontré rapidement, et dont Elizabeth avait également parlé à sa mère,
37:01vous vous en souvenez, dans sa dernière lettre.
37:03Nouvelle quête, donc : découvrir l’identité de cet
37:06homme. La police se met immédiatement sur le dossier, mais encore une fois,
37:11elle va être coiffée au poteau… par un journaliste de l’Examiner, bien sûr.
37:15Ce dernier part à San Diego où il écume les motels pour consulter leurs registres. Et bingo,
37:21il trouve un établissement dans lequel une chambre a été réservée, mi-décembre,
37:25aux noms d’Elizabeth Short et… Robert Manley,
37:29un type aux cheveux roux qui lui ont donné son surnom : “Red” / “Le rouquin”.
37:34Le reporter active son réseau, dégote l’adresse de Manley,
37:37qui vit en banlieue de Los Angeles, et part directement là-bas,
37:41avant même d’avoir prévenu la police bien sûr… Le scoop avant tout, je vous l’ai dit !
37:46Il sonne à la porte d’entrée, c’est une femme qui lui ouvre. Dans ses bras, elle tient un bébé.
37:51Ah, vous cherchez mon mari ? Il est en déplacement pour le travail. Il
37:55est commercial, vous savez. C’est à quel sujet ?
37:58Le journaliste trouve une excuse et s’éclipse. Maintenant, il peut refiler le tuyau à la police.
38:04Quelques jours plus tard, le dénommé Manley est arrêté en
38:07pleine rue par les autorités. Lorsqu’il voit les policiers s’approcher de lui,
38:11sa réaction est immédiate. Il lève les mains en l’air, pour montrer sa coopération, et déclare :
38:17- Je sais pourquoi vous êtes là, mais je n’ai rien fait…
38:20Je ne vais pas m’éterniser trop longtemps sur le cas de Robert Manley,
38:24encore une fois. Si vous souhaitez tout connaître dans les moindres détails,
38:28ce qui prendrait littéralement des heures, et je vous renvoie aux deux livres que j’ai
38:32cités précédemment ; mais en gros, voici ce qu’il faut absolument savoir sur “Red” :
38:38C’est donc un jeune homme, marié,
38:40qui vient d’être père et qui est amené à beaucoup voyager pour son boulot.
38:44Il croise Elizabeth Short pour la première fois en décembre 1946, à San Diego,
38:49il l’aborde. Suite à ça, ils vont se voir à plusieurs reprises : aller au restaurant,
38:54en soirée ensemble et passer probablement une nuit (au moins) dans un motel,
38:59avant qu’il ne reparte dans sa famille à Los Angeles pour les fêtes de fin d’année.
39:03En interrogatoire, il reconnaît avoir embrassé Elizabeth Short, mais il dit qu’ils n’ont rien
39:08fait d’autre… Bon, on y croit pas trop, je pense que c’est sa façon d’essayer de
39:13sauver les meubles dans son mariage après s’être fait pincer, mais ça, c’est pas très important…
39:18Ce qui est plus intéressant par contre, c’est que quand il revient à San Diego au
39:23début janvier 1947, il prévient Elizabeth par télégramme, et c’est là qu’elle lui
39:28dit “viens me chercher, je dois rentrer à Los Angeles, il faut que tu m'emmènes”.
39:32C’est exactement ce qu’il va se passer. Manley passe
39:35la récupérer devant chez les French le 8 janvier.
39:38Ensemble, ils prennent la route, ils font une halte dans un motel,
39:42puis repartent le lendemain matin. Ensuite, lui ce qu’il dit c’est que premièrement,
39:47ils se sont arrêté à la gare routière Greyhound de Los Angeles, pour que Beth laisse sa valise
39:53à la consigne, puis qu’elle lui a demandé de la déposer à l’hôtel Biltmore, où elle avait
39:58rendez-vous avec sa soeur Ginnie - enfin, Virginia, mais son surnom, c’était Ginnie.
40:03Lui, en parfait gentleman, il l’a accompagnée jusque dans le hall de l’hôtel,
40:08puis elle s’est absentée pour aller aux toilettes et lui a demandé d’aller voir à la réception
40:12si Ginnie était arrivée. Les employées de l’accueil lui ont dit “non désolé,
40:16il n’y a aucune Ginnie West ou Ginnie Short qui s’est présentée pour le moment”.
40:20Ils ont attendu un moment ensemble, et finalement, il a dû partir parce que sa femme l’attendait
40:25à la maison. Il lui a dit au revoir et l’a laissée là, dans le hall de l’hôtel Biltmore.
40:30Cette partie-là de l’histoire est assez facile à confirmer puisqu’effectivement,
40:34les employés de l’hôtel interrogés décrivent la même scène aux enquêteurs,
40:39donc on a la confirmation que Red est reparti et qu’Elizabeth est restée à attendre.
40:45A priori, c’est bien là que leurs chemins se sont séparés, et après,
40:48il affirme qu’ils ne se sont jamais revus, et que, ben une semaine plus tard,
40:52il a vu les gros titres des journaux, le nom d’Elizabeth, ce qui lui était arrivé, et il a eu
40:57super peur d’être accusé. Ce qui est, il faut le reconnaître, assez compréhensible.
41:02Robert Manley s’en est toujours tenu à cette version des faits. Il a passé plein
41:07d’interrogatoires, il a été soumis deux fois au test du polygraphe, le détecteur de mensonges,
41:12et les deux fois, le test a indiqué qu’il disait la vérité. Il a même pris ce qu’on
41:18appelle du “sérum de vérité”, c’est-à-dire un mélange de substance chimique supposé faire
41:23parler les gens de façon hyper spontanée, sans pouvoir mentir ; et là encore, ça n’a rien donné.
41:29Il a finalement été blanchi et écarté de la liste des suspects par la police,
41:34même s'il reste parmi les derniers à avoir officiellement vu et parlé avec Elizabeth Short.
41:40Parce que, et là je reviens en arrière dans notre timeline des événements,
41:43“Red” laisse Elizabeth seule au Biltmore Hotel de Los Angeles le
41:489 janvier 1947 au soir. Dans les heures qui suivent, Elizabeth reste dans le hall.
41:54Elle s’assoit, elle va plusieurs fois aux toilettes. Elle passe
41:57des coups de téléphone avec l’appareil du hall.
42:00Elle attend, visiblement… Pas sa sœur en tout cas, ça on l’apprendra un peu
42:04plus tard au cours de l’enquête, parce que Ginnie va expliquer aux policiers que non,
42:09elle n’avait pas eu de nouvelles d’Elizabeth depuis quelque temps déjà, et que non,
42:14elles n’avaient pas rendez-vous au Biltmore ce soir-là. Elizabeth Short a donc menti à Red,
42:19mais ça bon, ça ne nous surprend plus vraiment.
42:21La question c’est : est-ce qu’elle avait rendez-vous avec quelqu’un en particulier ? Ou,
42:27juste, est-ce qu’elle était désoeuvrée et cherchait un contact chez qui loger dès le
42:31soir même ? Est-ce qu’on lui a posé un lapin, et du coup elle a été obligée de chercher une
42:35solution d’urgence ? Ça, personne n’a jamais pu apporter de réponses à ces questions…
42:41Tout ce qu’on sait, c’est qu’après plusieurs heures de ce petit manège,
42:44vers 22h, Elizabeth Short s’est levée, est sortie du Biltmore sur Olive Street,
42:50et a commencé à marcher en direction du sud. Après ça, elle s’est évaporée.
42:55Enfin, pas tout à fait. Comme vous l’avez compris, on a un trou dans la timeline, entre le 9 janvier
43:00au soir quand elle quitte le Biltmore et le 15 janvier au matin quand on retrouve son corps.
43:06Ça fait environ 5 jours et demi, presque 6 jours de battement où on perd plus ou moins sa trace.
43:12Cependant, il existe quand même plusieurs témoignages, au moins une dizaine,
43:16plaçant Elizabeth Short en vie, à différents endroits de la ville, entre le 9 janvier au
43:22soir et le 14 janvier au soir, soit vraiment quelques heures avant l’heure probable de
43:27son meurtre. Ils sont tous détaillés dans "A Short Story" sur deux pages ; si jamais ça vous intéresse.
43:33Certains de ces témoignages semblent plus fiables que d’autres, plus ou moins détaillés, plus ou
43:37moins crédibles. Il y a parfois des éléments qui reviennent, d’un témoignage à un autre,
43:42comme la présence d’une femme blonde autoritaire auprès d’Elizabeth Short,
43:48ou le fait qu’elle avait souvent l’air boulversée quand elle a été aperçue.
43:52D’ailleurs, elle a souvent été vue dans des restaurants, des bars, des hôtels... Bref, des endroits
43:57qu’elle pouvait avoir l’habitude de fréquenter. Après, est-ce que c’était vraiment elle ? Est-ce
44:02que les témoins ne se sont pas trompés dans les dates ? Tout ça est vraiment à prendre avec des
44:08pincettes je trouve tant cette fameuse “semaine manquante” baigne dans un flou approximatif.
44:14Voilà, on pourrait croire que ça s’arrête là,
44:17et je pense que c’est le cas de beaucoup d’entre vous qui pensez bien connaître
44:21l’affaire du Dahlia Noir. Parce que ce qu’on en a retenu, ce qui a le plus marqué les esprits,
44:26c’est ce corps découpé gisant sur le sol, et le fait qu’on a jamais attrapé le tueur.
44:31Mais en fait, l’affaire est loin d’être terminée. Parce que le tueur d’Elizabeth Short,
44:37non content d’avoir commis l’un des crimes les plus atroces du siècle, eh ben il s’est amusé
44:42à narguer la police de Los Angeles… non pas en la contactant directement, non ; mais
44:48en passant par notre deuxième grand méchant de l’histoire, pour faire beaucoup plus de bruit.
44:53On est le 21 janvier 1947, une semaine après la découverte du corps. Le téléphone sonne presque
45:00en permanence dans les bureaux de l’Examiner, mais lorsque James Richardson décroche,
45:06le journaliste comprend vite qu’il n’a pas affaire à un interlocuteur ordinaire.
45:11Au bout du fil, une voix d’homme, narquoise. Il se présente d’emblée comme l’assassin du Dahlia Noir
45:17et en gros, il dit : “bravo pour les articles que vous avez publié sur l’affaire jusqu’ici,
45:22surveillez votre courrier, vous allez bientôt recevoir des souvenirs de Beth Short.”
45:27Alors, on pourrait se dire qu’il s’agit simplement d’un petit plaisantin, sauf que 3 jours plus tard,
45:33une grosse enveloppe arrive, et ce qu’elle contient… ça ne peut pas venir d’un farceur.
45:38Déjà, l’enveloppe en elle-même, elle est très bizarre. En fait, c’est un pli sur
45:43lequel des mots et des lettres découpés dans du papier journal ont été collés, pour donner ça :
45:48“Au Los Angeles Examiner et aux autres journaux de Los Angeles,
45:52Voici des affaires appartenant au Dahlia. Une lettre va suivre.”
45:56A l’intérieur, on trouve : le certificat de naissance d’Elizabeth Short, sa carte de sécurité
46:03sociale, des photos, des télégrammes, un carnet d’adresse appartenant à Elizabeth, et un morceau
46:09d’affiche du film Stairway to Heaven sur lequel on peut lire “Heaven is Here” (le paradis est ici).
46:16Bref, c’est un message du tueur et des affaires personnelles de la victime,
46:21qu’elle avait probablement dans son sac à main, au moment du meurtre.
46:24Le carnet d’adresse est bien sûr épluché,
46:27mais il ne révèle pas grand chose, déjà parce que c’est des tas de noms et d’adresses d’hommes
46:31(75 au total) que Beth a croisé au cours de sa vie, mais quand je vous dit croisé,
46:37c’est vraiment : elle s’est fait payer un resto et c’est pas allé plus loin…
46:40Alors on pourrait se dire que le tueur se cache peut-être parmi eux, et bien sûr, la police a
46:45vérifié chacune de ces pistes, mais ça n’a abouti à rien… D’autant plus que plusieurs pages du
46:51carnet ont été arrachées, donc il est très probable que c’est sur ces pages là qu’il y aurait
46:57pu y avoir une information intéressante, mais le tueur ne les a pas laissées, bien sûr…
47:01Ce courrier est vraiment pris très au sérieux, il est heureusement rapidement remis à la police
47:07qui, comme je vous l’ai dit, va investiguer chaque piste, sans succès, et tenter aussi de
47:13relever des empreintes digitales sur l’enveloppe. Mais malheureusement, on ne pourra rien en tirer,
47:17car le papier a été badigeonné d’essence, ce qui rend toute analyse impossible.
47:22Il faut aussi savoir qu’après ça, il y a beaucoup d’autres lettres
47:27soit-disant signées du tueur qui vont être envoyées à la police et
47:30aux journaux, mais aucune n’a pu être authentifiée comme une piste sérieuse,
47:35contrairement à ce premier pli qui lui, c’est vraiment sûr qu’il a été envoyé par le tueur.
47:40Franchement, allez sur google image, cherchez “letter black dahlia”, vous
47:45allez voir, il y a plein de courriers différents, certains écrits à la main,
47:49certains avec des lettres découpées dans des journaux, ça dit tout et son contraire…
47:54Enfin bref, c’est pas sérieux du tout, c’est juste des gens qui n’avaient rien d’autre à faire que
47:59d’entraver une enquête pour faire des blagues. Je trouve ça désolant, mais c’est comme ça…
48:05Par contre, quelques jours plus tard, le 25 janvier 47,
48:09quelqu’un contacte la police avec une info réellement pertinente cette fois.
48:13En fait, ce témoin marchait dans la rue quand son attention a été attirée par
48:17quelque chose d’étrange : il (ou elle, on ne sait pas si c’est un homme ou une
48:21femme) a vu une paire d’escarpins et un sac à main posés sur un couvercle de poubelle,
48:27dans une petite ruelle derrière un restaurant sur Crenshaw Boulevard.
48:31Cette personne a plutôt eu un bon réflexe puisqu’elle a préféré ne pas toucher à
48:35ces affaires mais vite aller vers un téléphone pour prévenir les autorités.
48:39Manque de bol, entre temps, les éboueurs passent,
48:42embarquent le tout, et quand la police remonte jusqu’à la benne, où tout a été déversé,
48:47il y a plusieurs sacs à mains et plusieurs paires de chaussures de femme à l’intérieur.
48:51Cela dit, c’est pas si grave, parce qu’il y a une personne que la police peut contacter,
48:56et qui a de bonnes chances de reconnaître les affaires de Beth parmi plein d’autres.
49:01Quelqu’un qui l’a vu très peu de temps avant sa mort : Robert Red Manley.
49:05La police le fait venir, on lui présente sur une table tous les
49:09sacs et les chaussures récupérés dans la benne et on lui demande “est-ce que
49:13vous reconnaissez des affaires appartenant à Elizabeth Short ?”
49:17Red regarde sur la table et il dit tout de suite “Ben oui. Ça, c’est ses chaussures. Je le sais
49:23parce que, regardez, la semelle est presque neuve et c’est moi qui lui ai payé pour cette réparation.
49:28Et puis ça, c’est sûr, c’est son sac à main. Sentez, il y a encore l’odeur de son parfum.”
49:33Alors là, on se dit génial. On a peut-être enfin trouvé un indice dont le tueur pensait
49:38se débarrasser, on va pouvoir retrouver des empreintes dessus ! Mais non… Bien sûr que non.
49:44Si le tueur avait réellement voulu se débarrasser de preuves incriminantes,
49:49est-ce qu’il les aurait laissées en évidence, en plein jour,
49:53en pleine rue comme ça, à la vue de tous ? Non ! Il voulait qu’on les trouve,
49:58encore une fois. Il les a mises en scène, comme il a mis en scène le corps d’Elizabeth,
50:03c’est un sadique qui prend plaisir à jouer avec les enquêteurs, qui se sent supérieur à eux.
50:08Le sac et les chaussures ne révèleront aucune empreinte parce que, tout comme
50:12le courrier envoyé quelques jours plus tôt, ils ont été aspergés d’essence eux
50:16aussi. Ça ne nous donne pas d’indice sur l’identité de l’assassin mais quand même,
50:21je trouve que, finalement, ça trahit beaucoup de choses de sa personnalité…
50:25Bon pour être honnête, si je voulais être exhaustive,
50:28il faudrait que je vous liste maintenant tout un tas de petites pistes, de petits indices,
50:33de petites bizarreries dans cette affaire dans lesquelles je me suis totalement perdue.
50:38*
50:46J’ai passé un temps phénoménal à creuser là où j’avais repéré de
50:50toutes petites aspérités dans le dossier, pour à chaque fois finir contre des murs.
50:55Ça a clairement viré à l’obsession pour moi, comme souvent dans les grosses affaires, donc
50:59je vous épargne tous ces détails qui restent sans réponse ; parce que c’est très frustrant à mon sens.
51:05On parle d’un cold case tentaculaire et de base, je voulais tout compiler
51:09dessus et tout vous donner dans cette vidéo, mais je me suis rendue compte,
51:13au fil de mes recherches, que ça ferait trop, que ça serait décousu,
51:17que ça serait indigeste, donc j’ai pris le parti de faire le tri et de vous présenter ce
51:22qui me semble le plus pertinent, pour que vous n’ayez pas à faire tout ce travail.
51:27Maintenant, si vous avez le temps et l’envie de connaître cette affaire dans son entièreté,
51:32je vous invite vraiment à aller creuser par vous-même,
51:35parce que c’est une expérience très particulière.
51:38Vous avez énormément de ressources, papier,
51:41numériques, surtout si vous comprenez bien l’anglais. Vous pouvez partir des
51:45sources que je cite en barre d’infos et continuer à vous laisser porter.
51:49Si vous faites ça, vous allez le voir, il y a énormément de désinformation sur cette affaire,
51:54même venant de sources qui semblent d’abord très crédibles. Il y a carrément des erreurs dans
51:59les dossiers du FBI ; que vous pouvez consulter, qui ont été numérisés et sont dispo en ligne.
52:04Bon, ne vous attendez pas à grand-chose de ces documents,
52:07ils ont été énormément censurés, mais ça reste intéressant à regarder.
52:12Vous allez très probablement tomber sur des théories qui vont vous happer,
52:16pour vous rendre compte après des heures voire des jours de recherche, qu’en fait
52:20c’est complètement bidon... Vous allez probablement aussi trouver des trucs hyper intéressants mais
52:26dont vous ne saurez pas quoi faire parce que cette pièce de puzzle ne rentre nulle
52:30part. Vous allez probablement connaître beaucoup d’excitation, de frustration et d’insomnie…
52:36Enfin, vous le comprenez je pense, ça sent le vécu ce que je vous raconte…
52:41Tout ça pour dire : faites-le, si vous en avez l’occasion ; mais pour tous ceux qui
52:45ne sont pas prêts à investir autant de leur personne dans ce dossier,
52:49eh ben j’essaye vraiment de vous faire la meilleure vidéo possible.
52:53Maintenant que tout ça est dit, je vais vous parler de certains des principaux
52:58suspects. Il faut savoir qu’il y a eu beaucoup de gens qui ont été soupçonnés,
53:02qui le sont encore aujourd’hui ; il y a aussi plein de gens qui se sont attribués le meurtre,
53:08qui se sont dénoncés, mais ce n’était pas eux…
53:12*
53:24Je vous affiche à l’écran les noms de suspects que j’ai pu croiser au cours de mes recherches,
53:29et que je me suis amusée à compiler, sachant que j’ai dû en louper. C’est juste pour vous
53:34donner une petite idée de l’océan dans lequel on plonge quand on s’intéresse au Dahlia Noir.
53:39On parle d’une affaire qui aura bientôt 78 ans,
53:43qui n’a jamais arrêté de faire couler de l’encre, donc autant vous dire que si il
53:48y avait un suspect pour lequel c’était évident que c’est lui, on le saurait.
53:52Commençons tout de suite notre petit tour d’horizon des suspects avec
53:56une théorie qui a fait beaucoup de bruit ici en France, il y a dix ans,
54:01lorsque de nombreux médias se sont mis à titrer “l’affaire du Dahlia Noir enfin résolue”.
54:07En fait, ces articles faisaient suite à la parution d’un livre, écrit par le
54:11soit-disant expert en tueurs en série Stéphane Bourgoin, notre Voldemort de la criminologie,
54:17celui-dont-on-ne-doit-surtout-plus-prononcer-le-nom puisqu’il s’avère qu’il s’est inventé une
54:22carrière en reprenant le travail et les recherches d’autres personnes,
54:26puis en se les attribuant dans ses bouquins.
54:29Bien entendu, son livre sur le Dahlia Noir n’échappe pas à la règle. Dans les
54:34interviews pour faire la promotion de son bouquin, il raconte pas mal de bêtises,
54:38notamment avoir obtenu le rapport d'autopsie d’Elizabeth Short… Alors là, chapeau à lui hein,
54:43puisque je vous l’ai dit, ce document a disparu. C’est peut-être lui qui l’a perdu, allez savoir…
54:49Bref, dans ce livre, que je n’ai pas lu, je crois qu’il s’est contenté de reprendre une théorie,
54:54qui existe depuis les années 80 aux Etats-Unis, selon laquelle l’assassin d’Elizabeth Short serait
55:01un tueur en série qui n’a jamais été identifié, qu’on a surnommé le Cleveland Torso Murderer.
55:07Ce tueur en série a agit dans les années 30, environ 10 à 15 ans avant l’affaire
55:12Elizabeth Short, et lui son “truc” ; c’était de démembrer ses victimes. Alors, certaines
55:18étaient coupées en deux ; d’autres avaient les bras, les jambes coupées et leurs corps
55:23étaient nettoyés. Quand ils étaient retrouvés, ils étaient pas plein de sang, on les avait nettoyés.
55:29Donc c’est vrai que ça, bon, c’est un point qui relie les deux affaires, mais clairement,
55:34c’est la seule chose… Il y a aussi beaucoup de points qui les
55:36différencient : le Torso Killer découpait ses victimes de façon assez grossière,
55:41puisqu’il agissait avec un couteau de boucher ; donc on n’est pas du tout sur un acte chirurgical
55:47précis comme l’hémisomatectomie qu’a subit le corps d’Elizabeth Short.
55:52Et puis, le tueur de Cleveland, il avait une signature bien précise,
55:55qui est : la décapitation. Est-ce qu’Elizabeth Short a été décapitée ? Non.
56:01Bon, donc au final on voit bien que c’est pas si ressemblant que ça,
56:04sans même parler de la distance géographique -parce que ça, oui, un tueur ça peut déménager-
56:09ni même la décennie qui sépare la fin de la série du Torso Killer et le meurtre d'Elizabeth Short.
56:16Allez, au suivant…
56:18Le deuxième suspect qui va nous intéresser, c’est Leslie Dillon, 27 ans au moment des faits,
56:23avec quelques particularités : il prend un traitement à base d’amphétamines,
56:28a une cicatrice au niveau de l'œil gauche et a travaillé quelques semaines dans une morgue.
56:33Cette piste-là, je tiens à vous la raconter avec pas
56:36mal de détails parce qu’elle est particulièrement rocambolesque.
56:39On est en 1948, donc un an, un an et demi après le meurtre, quand Leslie Dillon, sous
56:46le pseudonyme de Jack Sand, se met à écrire au docteur Joseph Paul de River, psychiatre légiste
56:52travaillant à la police de Los Angeles, pour lui soumettre ses hypothèses concernant l’affaire.
56:57En fait, il a trouvé le nom du psychiatre dans un article qui parlait du Dahlia Noir,
57:01et de là, il se met à lui envoyer plein de courriers,
57:04qui témoignent d’une franche obsession morbide pour l’affaire.
57:08Mais ce n’est pas tout, parce que Leslie Dillon, dans ces lettres,
57:12il commence à raconter des scénarios un peu bizarres, même carrément glauques,
57:17concernant un soi-disant ami à lui qui aurait commis le crime.
57:22C’est ça qui interpelle le docteur De River, qui est expert en profilage
57:26et en étude des criminels sexuels, qui commence à se demander si le mec que Dillon décrit,
57:32ce ne serait pas lui-même tout simplement, et qu’il ferait le coup du “imaginons qu’un
57:36ami à moi aurait fait…”. Mais, en version un peu plus psychiatrique, dans le genre trouble dissociatif
57:43de l’identité, avec un “alter” qui aurait commis le crime. Vous voyez le genre.
57:48Il va y avoir plusieurs échanges de lettres entre Leslie Dillon et le psychiatre, pendant des mois,
57:53jusqu’à ce que De River parvienne à suffisamment gagner la confiance de Dillon pour lui faire
57:58accepter de se rencontrer en vrai, à Las Vegas, afin de “continuer à parler de l’affaire”.
58:04En vrai, c’est un véritable guet-apens qui est tendu à Dillon puisque De River,
58:08ça fait un moment qu’il a prévenu des collègues policiers qu’il tient quelqu’un de louche.
58:13Et à partir du moment où la rencontre est prévue, ils organisent tout un scénario
58:18digne d’un film d’espionnage pour tenter d’obtenir les aveux de Dillon.
58:22En gros, ça se passe comme ça : De River part à Las Vegas avec plusieurs agents de
58:27police sous couverture, notamment un qui va se faire passer pour son chauffeur.
58:31Il rencontre Leslie Dillon. Ensemble, ils parlent d’Elizabeth Short. Le psychiatre pose plein de
58:37questions assez précises à Dillon pour essayer de le coincer : ce qui en ressort au final, c’est des
58:43réponses archi dérangeantes et dérangées, mais pas franchement cohérentes avec le rapport d’autopsie.
58:48Dillon persiste dans sa version de cet "ami" qui aurait commis le crime,
58:53il dit qu’il s’appelle Jeff Connors, et qu’il vit à San Francisco.
58:56Alors De River convainc Dillon de monter avec lui en voiture et de partir à San
59:01Francisco pour aller chercher ce fameux suspect, sauf qu’en fait,
59:05ils l’embarquent à Los Angeles, et l’amènent sur le lieu de la découverte du corps.
59:09Dillon devient hyper tendu, hyper stressé, le psychiatre et les agents de police se
59:14disent “ça y est, il va craquer et tout avouer”, sauf qu’en fait, il ne craque pas.
59:18C’est pas grave, tout le monde remonte en voiture,
59:20et cette fois direction San Francisco, à la recherche du fameux Jeff Connors,
59:26qu’évidemment, ils ne trouvent pas. Leslie Dillon semble de plus en plus agité, ce que les policiers
59:31et le psychiatre trouvent encourageant, puisqu’ils voient ça comme une preuve de sa culpabilité.
59:37Alors ils repartent tous à Los Angeles, mais là tout bascule. De River et les policiers,
59:43toujours sous leur couverture, emmènent Dillon dans un motel et… ils le séquestrent,
59:49il n’y a pas vraiment d’autre manière de le dire.
59:51Ils le menottent, l’attachent à un radiateur et c’est parti
59:56pour 3 jours d’interrogatoire en hors-piste total.
59:59Ça ne donne rien de probant, mais les policiers ne lâchent pas le morceau. Au
1:00:03bout du troisième jour, je ne sais pas par quel tour de passe-passe,
1:00:05Dillon réussi à faire sortir un mot de la chambre du motel où on le retient de force :
1:00:11“Je suis retenu prisonnier dans la suite 21921 du Strand Hotel dans le cadre du
1:00:16meurtre du Dahlia Noir, par le docteur J.P. De River. Je voudrais des conseils juridiques.”
1:00:22Ce mot est adressé à un avocat célèbre de Los Angeles, mais il est intercepté par… un
1:00:28journaliste, bien sûr. Ils sont partout dans cette affaire, vu l’avez compris.
1:00:33Ce journaliste ne transmet évidemment pas la missive à l’avocat, mais il contacte direct
1:00:39la police de Los Angeles qui dit ne pas être au courant de ce qui se passe dans le motel,
1:00:43et qui est obligée d’inculper officiellement Leslie Dillon
1:00:47pour mettre fin à cette situation embarrassante.
1:00:50Sur ce, la police de San Francisco se manifeste pour dire “en fait,
1:00:56le Jeff Connors là, on l’a retrouvé. C’est pas son vrai nom,
1:00:59en fait c’est Artie Lane. Il bossait à Los Angeles au moment des faits,
1:01:03mais on a déjà vérifié, il a un alibi solide pour la nuit du crime, donc c’est pas lui.”
1:01:08Quant à Leslie Dillon, il a fini par être relâché, faute de preuves incriminantes contre lui. On a
1:01:15jamais vraiment réussi à déterminer où il était la nuit du 14 au 15 janvier…
1:01:20Le journaliste Larry Harnisch dont je vous reparlerai plus tard affirme avoir avoir en
1:01:24sa possession plein d’éléments du dossier de police et notamment,
1:01:28de cet épisode-là de l’affaire. Il dit aussi que Dillon était à San Francisco la
1:01:33nuit du meurtre ; mais il n’a jamais présenté ses preuves, donc tout ça reste un peu flou.
1:01:38Pareil, il y a des personnes qui disent carrément
1:01:40que Leslie Dillon avait côtoyé Elizabeth Short de son vivant,
1:01:44tandis que d’autres affirment qu’il n’y a aucune preuve concrète qui les relient officiellement.
1:01:50En tout cas, Leslie Dillon fait toujours partie des suspects qu’on cite le plus souvent dans
1:01:54cette affaire ; même si personnellement je ne suis pas franchement convaincue par cette hypothèse,
1:02:00parce que je trouve qu’elle manque de matière concrète, c’était quand même
1:02:05important de la citer dans cette vidéo parmi les hypothèses principales.
1:02:09Passons maintenant à une autre théorie, qui revient sur l’idée qu’Elizabeth Short
1:02:13aurait été victime d’un tueur en série, parce que beaucoup de personnes se sont
1:02:18dit “on en arrive pas à un tel degré d’horreur sans avoir déjà commis d’autres crimes avant. ; et peut-être après.”
1:02:25Et c’est vrai qu’en criminologie, on parle souvent d’escalade de la violence, donc il
1:02:29est tout à fait judicieux de se demander si le tueur d’Elizabeth Short n’a pas
1:02:33fait d’autres victimes et s’il ne serait pas possible d’identifier une série d’homicides.
1:02:38Il faut savoir qu’en 1947 à Los Angeles, les affaires criminelles étaient courantes,
1:02:44on pouvait y compter plusieurs meurtres par jour. Mais des crimes comme celui-là,
1:02:48de cette ampleur, de cette horreur, c’est quand même autre chose.
1:02:53Or le 10 février 1947, un meurtre sordide interpelle les enquêteurs,
1:02:58la presse, et l’opinion publique.
1:03:00Le corps nu d’une femme brune est découvert sur un terrain vague,
1:03:04pas très loin de l’aéroport de Santa Monica.
1:03:07Le corps était partiellement masqué par les vêtements de la victime, jetés en pile
1:03:12au-dessus d’elle, mais lorsque les enquêteurs les soulèvent, ils découvrent un corps nu,
1:03:17comme je vous l’ai dit, couvert de bleus et de sang, qui a visiblement été battu à mort.
1:03:22Il y a des marques de chaussures partout, jusque sur son visage, ses côtes ont été cassées,
1:03:28sa nuque brisée… Bref, ça a été un acharnement de violence. Au passage, on découvrira plus tard
1:03:33que la victime est Jeanne French, une infirmière de 45 ans.
1:03:37Mais ce n'est pas tout. Sur le
1:03:38ventre de la victime, le tueur a laissé un message, écrit au rouge à lèvres :
1:03:44“FUCK YOU B.D. - TEX” “Va te faire voir B.D. - TEX”
1:03:49Il n’en faut pas plus pour exciter tous les journaux. L’enquête vient
1:03:54tout juste de commencer. On ne sait pas à qui il s’adresse, ce message, mais les
1:03:59Unes suggèrent déjà un lien avec le meurtre d’Elizabeth Short, comme l’Herald Express :
1:04:05“LE LOUP GAROU FRAPPE À NOUVEAU ! UNE FEMME DE LOS ANGELES TUÉE, “B.D.” INSCRIT SUR LE CORPS”
1:04:12Oui parce qu’au cas où vous ne l’auriez pas compris,
1:04:14“BD” en anglais, ça peut être les initiales de “Black Dahlia”.
1:04:19Je profite d’ailleurs de cette une pour faire un petit point sur le nom
1:04:23qui a été donne à cette affaire, le “Dahlia Noir”.
1:04:26C’est bien connu, aux Etats-Unis, comme presque partout dans le monde d’ailleurs,
1:04:31il est fréquent que la presse attribue un surnom aux affaires criminelles.
1:04:35Parfois, il prend l’identité de la victime, souvent on se contente juste du prénom
1:04:39d’ailleurs et on peut lui ajouter un adjectif ; surtout si c’est un enfant : l’affaire Maelys,
1:04:46le petit Gregory, le petit Emile… d’autres fois, c’est plutôt en rapport avec la région où ça se
1:04:51passe : le Golden State Killer, le tueur de l’Est parisien, l’ogre des Ardennes… Et d’autres fois,
1:04:58c’est encore plus imagé : le traqueur de la Nuit, l’affaire du pull-over rouge, docteur Satan, etc…
1:05:04Pour ce qui concerne le Dahlia Noir, à la base,
1:05:07la presse n’avait pas choisi ce surnom là. Comme vous avez pu le remarquer,
1:05:11sur la une que je viens de vous montrer, au départ c’est le tueur qui avait été appelé
1:05:15“werewolf” donc “loup-garou” ; puisqu’on avait aucune information sur la victime à ce moment-là.
1:05:22Mais dès que les reporters ont trouvé l'identité d’Elizabeth Short et ont
1:05:25commencé à aller creuser de son côté, c’est là que le nom de l’affaire a évolué en “Black Dahlia”.
1:05:32D’ailleurs c’est intéressant de noter qu’encore aujourd’hui,
1:05:34on est pas sûrs sûrs de l’origine de ce surnom, il y a plusieurs versions qui cohabitent :
1:05:40Ce serait une référence au fait qu’elle portrait souvent un dahlia,
1:05:44voire une sorte de couronne de dahlia dans ses cheveux ; cheveux qu’elle teignait en noir,
1:05:50avec des reflets un peu roux/rouges ; ou alors le fait qu’elle portrait beaucoup de vêtements noirs.
1:05:55Tandis que selon d’autres sources, c’est pas du tout ça, ce serait un surnom que lui donnait
1:06:00des connaissances à elle, en référence au film The Blue Dahlia sorti en 1946, avec un petit twist, le
1:06:06dahlia bleu serait devenu le dahlia noir, toujours en référence à ses cheveux ou à ses tenues.
1:06:12Ce qui est intéressant avec cette version-là, c’est que le surnom aurait été donné à Elizabeth
1:06:16de son vivant, or l’intrigue du Dahlia Bleu c’est l’histoire d’un aviateur de l’armée américaine qui
1:06:23revient de la guerre et qui découvre que sa femme le trompe avec le patron d’une boîte de nuit.
1:06:28Le lendemain matin, sa femme est retrouvée morte et il est accusé du crime. Ça fait
1:06:32quand même plein de petits éléments qui semblent presque prémonitoires…
1:06:37Cela dit, on est pas complètement sûrs qu’Elizabeth Short ait été
1:06:41surnommée comme ça de son vivant par ses amis, ou en tout cas qu’elle le savait.
1:06:46Il faut aussi dire que les surnoms de fleurs donnés à des femmes assassinées,
1:06:49c’était vraiment monnaie courante à l’époque, même si seul “le Dahlia Noir” est resté célèbre.
1:06:55D’ailleurs, le succès de cette affaire, ce qui fait qu’elle a traversé les décennies
1:06:59tout en gardant toujours son aura, c’est justement en partie dû à ce surnom-là.
1:07:04Je pense que la grande majorité des gens, si on leur demande : “est-ce que vous connaissez l’affaire
1:07:09Elizabeth Short ?” ça ne leur évoque pas grand chose, alors que si on leur dit : “est-ce que vous
1:07:14connaissez l’affaire du Dahlia Noir ?” là, il y a beaucoup plus de gens qui vont reconnaître.
1:07:19C’est d’ailleurs ce qui m’a inspiré la miniature de cette vidéo, ce décalage
1:07:24entre la Elizabeth Short telle qu’elle était réellement, une jeune femme précaire,
1:07:29plutôt prude, mais toujours joliement apprêtée ; et d’un autre côté, ce qu’on
1:07:33en a fait après sa mort : le Dahlia Noir, une icône trash, défigurée, glamour mais morbide…
1:07:40Si le tueur l’a bel et bien scindée en deux et a profané son corps
1:07:44en l'avilissant ; et bien, les médias, eux, ont fait la même chose avec sa mémoire.
1:07:49Mais revenons-en à notre suspect…
1:07:51On a jamais trouvé qui avait tué Jeanne French,
1:07:54l’infirmière de 45 ans dont le corps a servi de défouloir puis de post-it au mystérieux tueur.
1:08:00Celui qu’on a très vite surnommé “le tueur au rouge à lèvres”,
1:08:03le "lipstick killer", a été suspecté d’être également l’assassin d’Elizabeth Short.
1:08:09Et puis un troisième corps, celui d’Evelyn Winters, découvert le 12 mars près du fleuve
1:08:14Los Angeles, n’a fait que renforcer les hypothèses d’un tueur en série en liberté.
1:08:19La police de Los Angeles a sérieusement étudié cette possibilité. Trois femmes,
1:08:24tuées violemment à quasiment un mois d’écart chacune, ça pourrait être une série de crime.
1:08:30Un document sera même édité par la police de Los Angeles : “les 11 points de similarités”,
1:08:35qui liste tous les ponts qu’on peut établir entre ces 3 meurtres.
1:08:39Mais finalement, cette piste n’a jamais abouti. Selon la plupart des enquêteurs et experts qui
1:08:44ont travaillé sur le dossier du meurtre d’Elizabeth Short,
1:08:48il s’agit d’un meurtre singulier, qui ne s’inscrit pas dans une série d’homicides,
1:08:52puisqu’on a jamais vu d’autres crimes qui ressemblaient vraiment à ça.
1:08:56On va maintenant parler des deux suspects dont je trouve
1:09:00que c’est le plus intéressant de discuter dans cette affaire.
1:09:03Ces deux suspects, ils n’ont jamais vraiment été
1:09:05dans la ligne de mire des enquêteurs de Los Angeles au moment du meurtre.
1:09:09En fait, le premier si, très vite fait, mais j’y reviendrai ; mais dans l’ensemble,
1:09:14il faut vraiment comprendre que ces noms là, aujourd’hui c’est un peu ceux qui sont sur toutes
1:09:19les lèvres, et ils ont été apportés par deux personnes qui ont fait des enquêtes “amateures”.
1:09:24Je n’utilise vraiment pas ce terme de façon péjorative, c’est juste que vous compreniez
1:09:29que ce sont des gens qui… bon vous allez le voir, ont soit des liens avec la police,
1:09:33soit avec la presse, mais qui n’ont jamais pour autant travaillé, de base,
1:09:37sur l’affaire. Ils s’y sont mis des décennies après le crime.
1:09:40On va commencer tout de suite avec notre premier suspect : George Hodel.
1:09:44Tout commence juste après le décès du médecin George Hodel, en 1999. Son fils, Steve Hodel, se
1:09:51retrouve à faire du tri dans les affaires de son père, lorsqu’une photo l’interpelle dans un album.
1:09:56Sur cette photo, on y voit une femme aux cheveux sombres, très maquillée, peut-être
1:10:01nue… Pourrait-il s’agir d’Elizabeth Short ? Une seconde image d’une femme non identifiée
1:10:07vient renforcer ses doutes.
1:10:08Steve Hodel se plonge alors dans une longue enquête et commence à amasser beaucoup d’éléments.
1:10:14Il faut dire que Steve a travaillé pendant plus de 20 ans à la police de Los Angeles,
1:10:19notamment à la brigade des homicides, dont il a fini par prendre la tête avant de prendre
1:10:23sa retraite. Durant sa carrière, il a donc travaillé et enquêté sur plein d'affaires,
1:10:28donc c’est pas un mec complètement à la ramasse normalement…
1:10:32Bref. Il découvre qu’en 1950, son père a été suspecté dans l’affaire du Dahlia Noir.
1:10:38Pourquoi en 1950 ? Parce que fin 1949, Tamar Hodel, la fille de George qui n’a que 14 ans,
1:10:46accuse son père d’inceste, de l’avoir mise enceinte et forcée à subir un
1:10:51avortement clandestin. Ça donne lieu à un procès à l’issue duquel
1:10:55George Hodel est acquitté, et sa fille Tamar traitée de “mythomane pathologique”.
1:11:00C’est absolument dégueulasse ce qui s’est passé à ce moment-là,
1:11:04mais je ne vais pas épiloguer là-dessus. Toujours est-il que suite à ce procès,
1:11:08les flics s’intéressent au profil de George Hodel, puisqu’il est désormais classé comme un potentiel prédateur sexuel.
1:11:15*
1:11:19En 1950, donc, sa maison est placée sous écoute et… Il n’y aura visiblement pas de suite.
1:11:25Mais Steve Hodel, quand il plonge dans ses recherches après la mort de son père, finit par
1:11:31découvrir la transcription de ces enregistrements, et il va buter sur deux pages en particulier,
1:11:37où on peut lire un dialogue entre son père et “un homme à l’accent allemand”, que voici :
1:11:43“19h35 : Conversation générale entre les deux : “Toute imperfection sera découverte. Il faudra
1:11:49les rendre parfaites. Ne jamais avouer. Deux et deux ne font pas quatre.” Beaucoup de rires.
1:11:55“Nous sommes juste deux gars malins.” Encore plus de rires.
1:11:58Hodel explique ensuite qu'il a été interrogé au bureau du procureur le mercredi matin et
1:12:03décrit en détail les questions qui lui ont été posées à ce moment-là. Une déclaration
1:12:07adressée à l'Allemand est la suivante : “Supposons que j’ai tué le Dahlia Noir.
1:12:12Ils ne peuvent plus le prouver maintenant. Ils ne peuvent plus
1:12:15parler à ma secrétaire, parce qu’elle est morte.”
1:12:19Quelques minutes/dizaines de minutes plus tard, on peut lire sur la retranscription :
1:12:24“20h20 : Les bruits semblent indiquer que les deux hommes descendent des marches,
1:12:29entrent dans le sous-sol et commencent à creuser. Quelque chose a été mentionné à
1:12:34propos de “pas la moindre trace”. Il semble qu’un tuyau est heurté.”
1:12:39La suite du document est encore plus étrange :
1:12:42“20h25 : une femme crie. 20h27 : une femme crie encore.
1:12:47Il doit être noté qu’avant l’heure de ces cris,
1:12:50aucune femme n’a été entendue sur l’enregistrement depuis 18h50.”
1:12:55OK, c’est hyper flippant. Attendez, on va remonter jusqu’à
1:12:59trouver l’entrée qui correspond à 18h50 pour voir… Visiblement, depuis un moment une “femme”
1:13:05est mentionnée dans la retranscription, sans qu’on sache de qui il s’agit.
1:13:09Elle parle avec “un homme”, est-ce que c’est Hodel ou non ? Ça non plus, on ne le sait pas…
1:13:13Il est écrit qu’elle pose une question à l’homme, mais que c’est inaudible,
1:13:18et la réponse de l’homme est : “Je ne l’ai pas encore trouvé.e.
1:13:22Ça doit être quelque part par ici…”
1:13:25Bon. Ça ne nous apprend pas grand chose, honnêtement. Il faut dire aussi qu’il
1:13:29est précisé à de nombreuses reprises dans la transcription que l’audio est assez mauvais.
1:13:35Par contre si on revient au moment où des cris sont signalés, ça peut être intéressant
1:13:39de voir ce qui se passe ensuite, non ? En fait, ici, la retranscription s’arrête pour
1:13:44nous donner du contexte sur les conditions de ces écoutes et de leur enregistrement.
1:13:49J’ai l’impression que c’était de l’écoute en direct, et qu’il fallait donc que des
1:13:53policiers notent au maximum ce qu’ils entendaient. C’est pour ça que des fois,
1:13:57on a des choses un peu résumées, du genre “un homme et une femme parlent”.
1:14:01Bref, le document continue donc ainsi après les deux cris de femme notés à 20h25 et 20h27.
1:14:08Comme vous allez le comprendre, on a changé de policier chargé d’écouter pendant la conversation
1:14:13précédente, celle où Hodel disait “Supposons que j’ai tué le Dahlia Noir. Ils ne peuvent
1:14:18plus le prouver maintenant. Ils ne peuvent plus parler à ma secrétaire, parce qu’elle est morte.”
1:14:23Et selon moi, on reprend en plein dans cette conversation, probablement à propos du décès
1:14:29de la secrétaire d’Hodel… > L'agent Crowley, du LAPD,
1:14:33est arrivé pour son service à 19h45 pendant que la conversation mentionnée ci-dessus
1:14:38avait lieu. Son rapport est le suivant : Hodel parle à un homme avec un accent,
1:14:43possiblement allemand :
1:14:44"Les techniciens du téléphone étaient ici. Opérateur ? J'ai réalisé qu'il n'y
1:14:49avait rien que je puisse faire, j'ai mis un oreiller sur sa tête et je l'ai couverte avec
1:14:53une couverture. Prendre un taxi. Appeler l'hôpital Georgia Street Receiving tout
1:14:58de suite. Décédée à 12h39. Ils pensaient qu'il y avait quelque chose de louche. Quoi qu'il en soit,
1:15:05maintenant, ils ont peut-être compris. L'ai tuée. Peut-être que j'ai tué ma secrétaire. Ils
1:15:12doivent avoir assez de preuves contre lui pour qu'il soit coupable, ou il n'aurait pas avoué.
1:15:16Il est temps de chercher (beaucoup de coups).” Beaucoup de coups ? Est-ce qu’on ne serait pas
1:15:22revenus au moment décrit par l’autre policier, comme si Hodel et son interlocuteur creusaient
1:15:28quelque chose dans la cave ? Est-ce qu’il y a un rapport entre le “il est temps de chercher”
1:15:33et la chose qui semble avoir disparue, évoquée tout à l’heure par “un homme et une femme” ?
1:15:39On devrait en arriver au moment où les cris se sont fait entendre,
1:15:42alors lisons vite la suite. La voix d’Hodel continue :
1:15:46*Le FBI est venu me voir aussi, il y a trois semaines."
1:15:4920h35 : L'homme mentionné ci-dessus, parlant possiblement avec un accent allemand, dit :
1:15:56"Deux ans depuis. Peu importe ce qui se passe. Police." Beaucoup de rires.
1:16:0120h40 : L'homme mentionné ci-dessus quitte la maison, escorté jusqu'à la porte par Hodel.
1:16:08Les cris de femme ne sont pas mentionnés dans cette retranscription-là. Mais si on met les
1:16:13éléments bout à bout pour reconstituer une timeline, en partant du principe que tout
1:16:20ce qui a été noté a bel et bien existé (ce qui est difficilement vérifiable), on dirait
1:16:25que l’homme à l’accent allemand quitte la maison d’Hodel moins de 15 minutes après les cris.
1:16:30Alors oui, clairement, ces retranscriptions d’enregistrements sont ultra bizarres. Et
1:16:35puis c’est qui, cette secrétaire morte au fait ? Et si elle savait quelque chose sur
1:16:39Hodel à propos du meurtre d’Elizabeth Short ? Et s’il l’avait tuée pour l’empêcher de parler ?
1:16:44Ça aurait beaucoup de sens, et ça clarifierait une bonne partie des enregistrements que je viens de
1:16:49vous citer. Mais il y a un gros problème… Ruth Spaulding, la secrétaire de George Hodel est
1:16:56morte d’une overdose médicamenteuse en mai 1945, deux ans avant le meurtre de Short.
1:17:03Steve Hodel affirme que son père, George, aurait en réalité forcé Ruth à avaler énormément de
1:17:09somnifères, et qu’il aurait ensuite brûlé ou fait brûler des documents par sa femme
1:17:13avant de contacter les secours. En gros ce ne serait pas un sui**de, mais plutôt un meurtre.
1:17:19Sauf que ça, c’est la version rapportée par Steve Hodel, qui ne s’appuie que sur des récits,
1:17:24sur des témoignages, pas sur des preuves concrètes. Est-ce que ça
1:17:27veut dire que George Hodel n’est pas du tout impliqué dans la mort de sa
1:17:30secrétaire ? Non. Mais on ne peut pas affirmer le contraire non plus.
1:17:35Mais accrochez-vous, parce qu’on est loin d’avoir fait le tour des arguments de Steve Hodel. Sachez
1:17:40qu’il a carrément écrit plusieurs livres pour exposer tous les éléments de sa théorie,
1:17:46selon laquelle, vous l’avez bien compris, son père serait l’assassin d’Elizabeth Short.
1:17:51Je ne vais évidemment pas tout vous citer ici, mais j’aimerais
1:17:54qu’on se penche sur l’un des pans les plus bizarres de toute l’affaire du Dahlia Noir.
1:17:58Si je vous dis qu’il existe des oeuvres d’art présentant une ressemblance troublante avec la
1:18:03scène de crime, avec le corps de la victime, vous allez probablement penser qu’il s’agit du
1:18:09travail d’artistes irrespectueux, puisant leurs inspirations dans des faits divers glauques…
1:18:15Mais ce n’est pas aussi simple que ça. On va parler d’oeuvres qui ont
1:18:18été créées des années avant le meurtre d’Elizabeth Short, en particulier des
1:18:23photos et oeuvres de Man Ray, un célèbre photographe, icône du mouvement surréaliste.
1:18:29Voici quelques-unes des œuvres de Man Ray qui semblent presque étrangement
1:18:33prémonitoires... Des corps de femmes nues, lacérés, coupés en deux… Le
1:18:39symbole fort de la bouche étiré, la position des bras en angle droit, le quadrillage similaire
1:18:45à celui qui a été tailladé sur le pubis de la victime. C’est vrai que c’est troublant.
1:18:49Et si le tueur s'était inspiré de ces œuvres pour la mise en scène de son crime ? Et s’il avait
1:18:55voulu rendre un hommage bizarre à ces artistes en vogue, ou même, d’une certaine façon, les concurrencer ?
1:19:01Mais… quel est le rapport avec George Hodel, vous allez me dire ?
1:19:04Eh bien… Ça. Des photos de George Hodel et de sa femme Dorothy
1:19:10prises par Man Ray. Mais également un livre dédicacé de Man Ray “à George Hodel” en 1949,
1:19:16et plusieurs courriers et cartes postales échangés entre le photographe et surtout sa compagne, et la famille Hodel.
1:19:23Steve Hodel affirme aujourd’hui que son père et le célèbre artiste étaient amis. L’étaient-ils
1:19:30réellement ? C’est difficile à prouver. Mais au moins, on sait qu’ils se connaissaient,
1:19:34qu’ils s’étaient déjà rencontrés, et qu’Hodel appréciait le travail de Man Ray.
1:19:39De ce que j’ai cru comprendre, George Hodel était d’ailleurs un médecin qui aimait fréquenter le
1:19:44milieu artistique, mais également les personnes influentes de Los Angeles.
1:19:49Comme vous l’avez déjà compris, c’était loin d’être un bon père de famille. Il était, dit-on,
1:19:54polygame, mysogine, et il aimait bien cotoyer le monde de la nuit,
1:19:58celui du style alcool, drogue et sexe violent.
1:20:01En tout cas, c’est ce qu’affirme son fils Steve. Et le problème majeur avec la théorie
1:20:05George Hodel, c’est qu’elle se base beaucoup sur ce qu’affirme son fils Steve. Un fils qui,
1:20:12très clairement, déteste son défunt père. Etant donné ce que je vous ai raconté sur ce qu’il
1:20:17a potentiellement fait à Tamar, ça se comprend… Mais ça ne fait pas de George Hodel un tueur.
1:20:23Le vrai souci, c’est que Steve Hodel a tendance
1:20:25à arranger les faits pour qu’ils aillent dans le sens de sa théorie.
1:20:28Typiquement, les deux photos dont je vous ai parlé au début, celles qui ont fait démarrer
1:20:32son enquête… Ben, honnêtement, ça ne semble pas du tout être Elizabeth Short dessus.
1:20:37Les membres de la famille de Beth ont toujours dit que pour eux, non,
1:20:41c’était pas elle. Et franchement, je suis totalement de leur avis,
1:20:44je ne vois qu’une très vague ressemblance, parce que ce sont des femmes aux cheveux sombres,
1:20:50maquillées et coiffées à la mode des années 40, mais ça s’arrête là.
1:20:53Je vous le disais tout à l’heure, j’ai beaucoup échangé avec Run, l’un des auteurs du livre
1:20:58"A Short Story", et lui a fait plein de recherches sur George Hodel, qu’il a compilées dans un thread sur
1:21:04X que je vous invite grandement à aller lire. Je vais le republier sur mon compte en même
1:21:09temps que la vidéo sort, pour que vous puissiez le retrouver plus facilement.
1:21:13C’est grâce à ce thread que j’ai réalisé, par exemple, que Steve Hodel a beaucoup joué
1:21:19sur les mots. Il a toujours présenté son père comme un médecin réputé mais surtout surdoué,
1:21:24genre un vrai prodige, ce qui fait qu’inconsciemment,
1:21:27on se dit que ça colle avec le profil du meurtrier qu’on recherche.
1:21:31Sauf qu’en réalité, George Hodel était un médecin généraliste,
1:21:34spécialisé d’abord dans les maladies infectieuses, puis ensuite,
1:21:37qui s’est dirigé vers la psychologie. Ce n’était absolument pas un chirurgien, il n’a d’ailleurs
1:21:43jamais opéré après avoir obtenu son diplôme, et n’était pas inscrit à l’ordre des chirurgiens.
1:21:49Idem, j’ai lu un peu partout qu’Hodel avait “fui le pays” juste après le meurtre du Dahlia Noir. En
1:21:55réalité, Hodel est parti à Hawaï, qui fait partie des Etats-Unis, en 1951, soit 4 ans
1:22:00après le crime. Présenté comme ça, c’est tout de suite beaucoup moins suspect, évidemment…
1:22:05Bref, il y a énormément d’approximations, de fausses informations concernant George Hodel,
1:22:10qui trouvent leurs sources… dans les livres de son fils, Steve Hodel.
1:22:14Et je dis les livres parce qu’il en a publié une ribambelle,
1:22:18plusieurs rééditions de son premier ouvrage “The Black Dahlia Avenger”, qui vont de
1:22:23plus en plus loin dans les accusations et les liens supposés avec l’affaire du Dahlia Noir ;
1:22:28mais aussi désormais, Steve Hodel accuse son père d’être le “lipstick killer”, vous savez,
1:22:34celui qui a tué Jeanne French et peut-être Evelyn Winter dont je vous ai parlé tout à l’heure…
1:22:39Mais ce n'est pas tout ! Il affirme également que son père est aussi le Cleveland Torso Killer,
1:22:45le “Lipstick killer” de Chicago cette fois (car, il y a eu plusieurs “lipstick killer”, je sais,
1:22:51c’est dur à suivre), l’assassin de la mère de l’auteur James Ellroy, ou encore le tueur du Zodiaque...
1:22:57*
1:23:03Bref. Désormais pour Steve Hodel, son père est derrière toutes les affaires criminelles
1:23:07célèbres et irrésolues des Etats-Unis ; et c’est l’occasion de sortir à nouveau livre à chaque fois.
1:23:13Rien que ça, pour moi,
1:23:14contribue à énormément décrédibiliser la théorie de Steve Hodel honnêtement.
1:23:19Vous pouvez vous plonger dans ses livres ou même son site internet, qui est très fourni,
1:23:24vous finirez par comprendre qu’il force pour établir des liens tirés
1:23:29par les cheveux entre son père et Elizabeth Short, alors qu’en réalité,
1:23:32on a pas un seul élément concret qui prouve qu’ils se sont déjà croisés.
1:23:37D’ailleurs, comme le souligne Run dans son thread, il faut faire très
1:23:40attention avec les informations qu’on trouve sur George Hodel sur internet,
1:23:44puisque beaucoup de gens se sont reposés sur les livres et le site de Steve comme source.
1:23:49Pire encore, la page Wikipedia dédiée à George
1:23:52Hodel a principalement été rédigée… par son fils Steve.
1:23:57Alors, il n’en reste pas moins que oui,
1:23:59le coup des enregistrements chez lui est bizarre. Personnellement, c’est l’élément
1:24:04qui me trouble le plus ; maintenant pourquoi la police n’a rien fait suite à tout ça ?
1:24:09La première hypothèse, c’est que c’est George Hodel qui a versé des pots de vin à la police de
1:24:13Los Angeles pour s’en tirer. C’est d’ailleurs l’hypothèse de son fils Steve. Mais alors,
1:24:19pourquoi ne pas avoir fait disparaître les retranscriptions de ces écoutes ?
1:24:23La deuxième hypothèse, c’est qu’il n’y avait rien de plus à investiguer.
1:24:27On sait qu’Hodel n’était pas propriétaire de la maison dans laquelle il vivait à ce moment-là,
1:24:32qu’il l’a louait et qu’elle servait aussi régulièrement
1:24:35à des troupes de théâtre pour des répétitions ou des représentations.
1:24:39Est-ce que ça pourrait expliquer les cris,
1:24:41qui n’ont visiblement pas du tout alerté les policiers au moment des faits ? Là encore,
1:24:45on nage dans les suppositions, et je crains qu’on ne puisse jamais avoir de certitude…
1:24:51Tout ce que je peux vous dire, c’est que la piste George Hodel est très très faible,
1:24:55contrairement à ce que son fils est parvenu à imposer dans l’imaginaire collectif. Lors
1:25:00de la publication de son premier livre en 2003, beaucoup de gens s’étaient emballés,
1:25:04allant jusqu’à affirmer que l’affaire du Dahlia Noir était enfin été résolue.
1:25:09Aujourd’hui, bon nombre d’entre eux ont rétro-pédalé,
1:25:11car ils se sont rendus compte qu’ils étaient tombés dans le panneau,
1:25:15mais il n’est pas étonnant que le nom du médecin ressorte encore parmi les premiers
1:25:20suspects dans cette affaire, tant Steve Hodel a inondé Internet avec sa théorie.
1:25:25Bon, je sais que je vous avais prévenus, mais vous ne vous attendiez probablement
1:25:29pas à une vidéo aussi obscure et sinueuse… J’espère vraiment
1:25:33que je ne vous ai pas perdus en cours de route et que ça vous intéresse toujours !
1:25:37Il reste une dernière théorie dont je tiens vraiment à vous parler. C’est
1:25:41celle de Larry Harnisch, retraité désormais, mais qui a longtemps été
1:25:45journaliste, et qui a notamment travaillé pendant 27 ans au Los Angeles Times.
1:25:49Harnisch est un passionné absolu de l’histoire de Los Angeles, qui, à la fin des années 90,
1:25:55voulait écrire un article sur le 50ème anniversaire de la mort d’Elizabeth Short.
1:26:00Sauf que des recherches qu’il a faites pour écrire cet article est née une véritable
1:26:05obsession pour l’affaire ; et depuis, Larry Harnisch s’est mis à compiler
1:26:10plein d’informations de son côté, en vue d’écrire un livre sur l’affaire.
1:26:14C’est d’ailleurs au cours de ses recherches qu’il est parvenu à identifier un nouveau suspect,
1:26:20qui n’avait jamais été envisagé ou investigué par la police : Walter Bayley.
1:26:24Laissez-moi d’abord vous donner quelques informations totalement factuelles sur ce suspect.
1:26:29Walter Alonso Bayley avait 67 ans lorsqu’Elizabeth Short a été assassinée.
1:26:35En 1905, alors qu’il avait 25 ans, il obtient son diplôme de chirurgien.
1:26:40En 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale,
1:26:43il sert l’armée américaine et revient avec les honneurs.
1:26:47Par la suite, il va mener une brillante carrière de chirurgien,
1:26:50enseigner cette discipline à l’université de Californie du Sud, et même être chef du
1:26:55personnel à l’hôpital du comté de Los Angeles. En parallèle, il avait aussi un cabinet
1:27:00privé en ville où il effectuait des chirurgies pour une patientèle féminine.
1:27:04En 1942, Walter Bayley et sa famille s’installent dans une maison sur Norton Avenue, dans le
1:27:10quartier de Leimert Park. En octobre 1946, Bayley se sépare de sa femme et demande le divorce.
1:27:17Finalement, le 6 janvier 1948, il décède d’une pneumonie à l’âge de 67 ans.
1:27:23Mais ce n’est pas comme ça que Larry Harnisch a mis la main sur cet homme,
1:27:27qui était passé sous tous les radars jusque là.
1:27:30En réalité, dans les années 90, Harnisch faisait plein de recherches sur l’affaire,
1:27:35comme je vous l’ai dit, et a collecté énormément de documents,
1:27:38reliés de près ou de loin à Elizabeth Short. Il a aussi parlé à des spécialistes,
1:27:43et notamment à John Douglas, dont le nom vous est peut-être familier.
1:27:47John Douglas fait partie des noms qui ont marqué la criminologie,
1:27:51puisque lui et son collègue Robert Ressler sont les deux noms qu’a retenu l’histoire
1:27:56comme les pères du profilage. Même si c’est sûr, c’est toujours un peu plus compliqué que ça en vrai.
1:28:02Il n’empêche que John Douglas est un agent du FBI qui a travaillé sur la psychologie des
1:28:06tueurs en série et des criminels depuis les années 70, et c’est en partie grâce
1:28:11à lui qu’on a commencé à étudier et à s’intéresser à la psycho-criminologie.
1:28:16Donc bien entendu, lorsque Harnisch a eu l’occasion de discuter de l’affaire
1:28:19du Dahlia Noir avec Douglas, il a été particulièrement attentif.
1:28:24Douglas lui a donné plusieurs éléments intéressants, et notamment un : le
1:28:29lieu où on a retrouvé le corps signifie probablement quelque chose pour le tueur.
1:28:34Pourquoi ? Parce que le corps a été déplacé volontairement jusqu’à ce terrain vague précis,
1:28:40et pourtant, s’il avait simplement été question de se débarrasser du corps,
1:28:44il aurait été bien plus malin de s’éloigner de la ville et de cette zone,
1:28:49où il y avait des habitations, où il y aurait pu y avoir des témoins…
1:28:52On le voit sur certaines photos du 15 janvier 1947 au matin, les maisons voisines étaient assez
1:28:58proches de la scène de crime, c’était vraiment très risqué de déposer le corps à cet endroit là.
1:29:03Pour Douglas, le lieu et la disposition du corps d’Elizabeth Short tel qu’il
1:29:07est trouvé correspondent donc à un message de la part du tueur.
1:29:12Un message qui s’adressait probablement à une ou des personnes, pour qui ça ferait “sens” (quelque
1:29:18soit le sens, que ce soit faire peur, avoir honte, que ce soit pour dire “regarde comme cette femme
1:29:23est une traînée”, etc.) et selon lui, si on veut trouver le tueur, il faut d’abord découvrir
1:29:29pourquoi le corps a été laissé à cet endroit. Quel élément peut relier Beth à ce terrain là ?
1:29:35Forcément, les conseils de John Douglas restent dans la tête de Larry Harnisch, mais pendant des
1:29:40années, il ne parvient pas à faire de lien entre Elizabeth Short et là où elle a été retrouvée.
1:29:45Jusqu’au jour où… Il s'intéresse de plus près au certificat de mariage
1:29:49d’Adrian West et Virginia Short, la grande sœur d’Elizabeth (celle
1:29:54d’ailleurs avec qui elle disait avoir rendez-vous au Biltmore).
1:29:56Et là quelque chose le frappe : la témoin de Virginia, a remplit le
1:30:01document et signé de son nom et de son adresse : Barbara Lindgren, domiciliée au 3959 South Norton
1:30:08Avenue, c'est-à-dire à un pâté de maison de là où le corps d’Elizabeth a été retrouvé.
1:30:13La suite, je pense que vous la devinez, Larry Harnisch fouille les archives et
1:30:17découvre que le père adoptif de Barbara est le dénommé Walter Bayley dont je vous ai parlé
1:30:23juste avant. On a donc :
1:30:24Un chirurgien, dont l’adresse était ; jusqu’à quelques mois avant le meurtre,
1:30:28située juste à côté de la scène de crime,
1:30:31qui u moment des faits vient de se séparer de sa femme et de quitter le domicile ; et
1:30:36qui plus est dont la fille était une amie très proche de la grande soeur d’Elizabeth Short.
1:30:40Ça y est. Le voilà, le fameux lien que John Douglas avait conseillé de trouver.
1:30:45Ça commence à être vraiment très intéressant. Mais ça va l’être
1:30:48encore plus lorsqu’Harnisch va découvrir les points à venir... Accrochez vos ceintures.
1:30:54Comme je vous l’ai dit, Walter Bayley est mort un an, presque jour pour jour,
1:30:58après le meurtre d’Elizabeth Short. Rapidement, Harnisch trouve quelques articles de 1948,
1:31:03mentionnant ce décès. Voici, en résumé, ce qu’on y apprend.
1:31:07Bayley a quitté sa femme le 24 octobre 1946. Il est littéralement sorti de la maison et n’est
1:31:13jamais revenu. On sait également qu’il a fait une demande de divorce très peu de temps après.
1:31:18Ruth Bayley, la femme du chirurgien, prétend qu’à partir de là, Walter est parti vivre
1:31:23avec sa collègue, le docteur Alexandra Partyka avec qui il avait une liaison
1:31:28depuis 5 ans. Il aurait également fait changer son testament pour déshériter sa
1:31:32femme et leurs deux filles adoptives, afin de tout léguer à sa maîtresse.
1:31:37Un an plus tard, Walter Bayley meurt d’une pneumonie, comme je vous l’ai dit,
1:31:41et c’est là que Ruth Bayley et Alexandra Partyka entrent légalement en conflit ; d’un côté il y
1:31:46a le testament, de l’autre la femme légale de Bayley,
1:31:50puisque le divorce n’avait pas été prononcé depuis… Et au milieu, pas mal d’argent.
1:31:56Bon, à la limite tout ça, c’est surtout du contexte. Ce qui est intéressant par contre,
1:32:00c’est que dans les articles de 1948, on peut lire :
1:32:04“L'intimidation de la part d'une jeune collègue a amené le Dr Walter Bayley
1:32:08à déshériter sa femme, a affirmé hier la veuve Ruth Bayley dans une
1:32:12action en contestation de testament déposée devant la Cour supérieure.
1:32:16Les archives révèlent que le Dr Bayley, 67 ans,
1:32:20est décédé le 3 janvier 1948, laissant un testament daté du 22 décembre 1947.
1:32:26Aux termes du testament, il a laissé la majeure partie de sa succession à sa collègue,
1:32:30le Dr Alexandra Partyka. Mme Bayley, qui vit au 3959 South Norton Avenue,
1:32:36affirme que, bien qu'associée au Dr Bayley dans la pratique de la médecine,
1:32:40le Dr Partyka a menacé de le dénoncer et de le ruiner s'il retournait auprès de sa femme.
1:32:46Le Dr Partyka a également obtenu une influence indue sur le Dr Bayley
1:32:50par « des flatteries contre nature et des ruses féminines », a ajouté la veuve.”
1:32:54Comme je vous l’ai dit, on comprend ici que Ruth Bayley accuse Alexandra Partyka d’avoir été
1:33:00la maîtresse de son mari et d’avoir usé de ses charmes pour qu’il lui lègue sa fortune,
1:33:05mais l’autre chose à souligner, c’est la mention d’un chantage. Partyka
1:33:10aurait menacé de dénoncer Walter Bayley. Mais le dénoncer de quoi ?
1:33:14Eh bien pour Larry Harnisch, du fait que c’était l’assassin d’Elizabeth Short.
1:33:18Le journaliste suppose que Beth, lorsqu’elle est revenue à Los Angeles le 9 janvier 1947,
1:33:24ne savait pas où dormir. Rappelez-vous, elle attendait dans le hall du Biltmore Hotel,
1:33:28elle tournait en rond, elle passait des coups de fil.
1:33:31Pour lui, il est tout à fait possible que la jeune
1:33:33femme ait décidé de contacter Walter Bayley pour lui demander de l’aide :
1:33:38parce que c’était le père d’une des meilleures amies de sa grande soeur et
1:33:42en plus un chirurgien réputé, donc quelqu’un en qui elle pensait pouvoir avoir confiance.
1:33:47Aussi, peut-être même qu’elle l’avait déjà vu en consultation, parce qu’on sait qu’elle
1:33:52avait des problèmes de santé : sa respiration, son asthme, mais aussi des problèmes gynécologiques.
1:33:59Et enfin, point non négligeable, le cabinet privé
1:34:02où exerçait Walter Bayley en 1947 n’était qu’à quelques blocs du Biltmore Hotel.
1:34:08Je pense que vous êtes d’accord avec moi si je dis que jusqu’ici,
1:34:12la théorie de Larry Harnisch est vraiment convaincante.
1:34:15Mais j’ai même pas terminé, puisque le journaliste
1:34:18a trouvé encore d’autres éléments, qui apportent un mobile, et ça quand même ;
1:34:23ça manque assez souvent dans les autres théories (mis à part le classique “ils
1:34:28sortaient ensemble et ça a mal tourné” qu’on a pour presque tous les autres suspects).
1:34:32En gros, dans le certificat de décès de Walter Bayley,
1:34:35Harnisch a remarqué qu’il est stipulé qu’il avait une encéphalomalacie, sans lien avec sa mort.
1:34:42Alors. L’encéphalomalacie, c’est une atteinte des cellules cérébrales,
1:34:47suite à un accident vasculaire cérébral -ce qu’on appelle un AVC-
1:34:51qui va rendre ces cellules molles, puis qui vont se mettre à nécroser.
1:34:56En gros, à un moment donné, un gros accident,
1:34:59ou bien plusieurs petits accidents au niveau des vaisseaux sanguins
1:35:03dans le cerveau vont faire qu’une zone va se détériorer, jusqu’à être complètement morte.
1:35:08Et vous le savez probablement, chaque zone de notre cerveau est associée à plusieurs
1:35:13fonctions ; si bien que si l’une d’entre elle meurt chez quelqu’un, cette personne, elle, va continuer
1:35:19à vivre, mais avec des difficultés particulières liées à la zone de son cerveau atteinte.
1:35:25C’est ce que font aussi beaucoup de maladies neurodégénératives,
1:35:29comme Alzheimer ou Parkinson par exemple, qui dans leurs formes les plus classiques
1:35:34vont l’une commencer par atteindre la mémoire à court terme et l’autre le système moteur.
1:35:39Or, dans le cas de Walter Bayley, certains témoignages de son entourage suggèrent
1:35:44qu’il aurait pu souffrir d’une atteinte cérébrale au niveau du lobe frontal,
1:35:49de type maladie de Pick ou DFT. Du genre, il passait ses soirées
1:35:54avec Alexandra Partyka, enfermés tous les deux avec de la nourriture à emporter,
1:35:58à regarder des vidéos de chirurgie et d’autopsie.
1:36:02Je vous l’ai déjà expliqué donc vous l’avez peut-être retenu,
1:36:05le lobe frontal, donc la partie à l’avant du cerveau, c’est la siège du contrôle
1:36:10des inhibitions (entre autres bien sûr, il n’y a pas que ça comme fonction !).
1:36:14Ça veut dire que si on nous supprime brutalement cette partie du cerveau,
1:36:18on peut avoir de gros changements de personnalité : les patients à qui ça
1:36:22arrive deviennent souvent grossiers, vulgaires, impulsifs, irritables. Ils
1:36:27ne respectent plus les codes sociaux, ils ne ressentent plus non plus d’empathie…
1:36:32Très souvent c’est soit rigolo soit un peu gênant, ça donne des patients qui disent tout
1:36:36ce qu’ils pensent sans filtre, qui balancent des insultes, qui pètent devant tout le monde…
1:36:41Mais quelques fois c’est beaucoup moins drôle,
1:36:45ça devient de vraies agressions violentes et/ou sexuelles, et ça peut virer au drame...
1:36:51Je me rappelle d’une étude de cas que j’avais eu en master,
1:36:53où c’était un monsieur avec une DFT qui avait balancé son gamin d’un pont dans une rivière
1:37:00glacée pour “lui apprendre à nager”, et ça avait vraiment failli très mal finir.
1:37:05Tout ça pour dire que la théorie de Larry Harnisch, c’est que Walter Bayley, qui,
1:37:09on le sait, avait une partie du cerveau atrophiée et des comportements bizarres à la fin de sa vie,
1:37:15avait peut-être une pathologie de ce style, atteignant le lobe frontal.
1:37:19Ça expliquerait pourquoi il aurait quitté son domicile et sa famille d’un coup,
1:37:23pourquoi il les aurait déshérité, et pourquoi potentiellement il aurait
1:37:27tué mais surtout pratiqué des choses aussi horribles sur Elizabeth Short.
1:37:32Sans compter -et j’en arrive à mon dernier point sur la théorie de Larry Harnisch- que
1:37:37la date du meurtre n’était peut être pas anodine non plus pour le chirurgien.
1:37:42Je vous ai dit que Walter Bayley et sa femme avait deux filles, toutes les deux adoptées. Barbara,
1:37:47l’amie de Virginia Short, et Beatrice. Mais le couple a également eu un fils,
1:37:52un fils biologique pour le coup, qui s’appelait Walter Bayley, comme son père.
1:37:56Or ce petit garçon, quand il avait 11 ans, est mort de façon tragique. Il
1:38:01faisait du vélo dans la rue devant chez eux et a été percuté par une voiture.
1:38:05Il a été transporté à l’hôpital, mais malheureusement n’a pas pu être sauvé.
1:38:09Son père, Walter Bayley senior, était en train d’opérer quand c’est arrivé,
1:38:14donc il n’a appris la nouvelle qu’à la fin de son intervention,
1:38:17et ça l’a absolument dévasté comme vous pouvez vous en douter.
1:38:21Il a parfois été dit que cet accident est arrivé en présence de Beatrice, qui avait deux ou trois
1:38:26ans à l’époque, et même peut-être que d’une certaine manière, c’était un peu “sa faute” ;
1:38:30parce que soit elle était de l’autre côté de la route et elle a appelé son frère,
1:38:35soit parce qu’elle a voulu traverser et qu’il s’est précipité pour la rattraper…
1:38:39Bref, là encore on est dans la supposition mais ça aurait pu
1:38:42laisser une forme de rancœur du côté de Walter Bayley envers sa fille adoptive,
1:38:47qui dans sa tête, serait responsable de lui avoir enlevé son “vrai” fils…
1:38:51“Walter Junior était notre seul fils… Le seul enfant issu de notre chair et
1:38:55de notre sang. Nos cœurs et nos âmes étaient rattachés à lui. J’ai souvent
1:38:59vu la mort de par mon métier, mais je ne l’avais jamais comprise avant.”
1:39:03Ce petit garçon, il était né le 13 janvier 1909. Le 13 janvier. Une date
1:39:08anniversaire douloureuse donc, tout proche du moment du meurtre d’Elizabeth Short.
1:39:14Et puis, le surnom de la petite Beatrice était, selon les auteurs de "A Short Story"… Betty.
1:39:21Voici comment Larry Harnisch imagine les choses : Elizabeth Short contacte le docteur Bayley lors
1:39:27de son retour à Los Angeles parce qu’elle estime que c’est un homme de confiance,
1:39:31le père d’une amie de sa sœur, plutôt aisé et probablement bienveillant.
1:39:35Elle se rend à son cabinet, situé près du Biltmore Hotel,
1:39:38et elle lui raconte son bobard habituel pour l’apitoyer : elle était mariée à un militaire,
1:39:43mort pendant la guerre, elle a aussi perdu son fils.
1:39:46Peut-être que le docteur Bayley est d’abord touché par cette histoire, parce que forcément,
1:39:51ce fils perdu si jeune, ça lui fait revivre lui-même beaucoup d’émotions. En plus,
1:39:56Walter Junior, il aurait eu 38 ans dans quelques jours…
1:40:00Mais finalement, parce qu’il est médecin,
1:40:03il remarque des anomalies dans le discours de Beth. Ce qu’elle raconte ne fait pas
1:40:07sens. Il se rend compte de la supercherie. La colère qu’il ressent est démultipliée par ses
1:40:13lésions cérébrales. Il perd toute empathie pour Elizabeth. Il veut la voir souffrir.
1:40:17Il n’a plus d’inhibition à cause de sa pathologie cérébrale mais sa mémoire procédurale,
1:40:23elle, est intacte. Les gestes du chirurgien sont toujours précis.
1:40:27Il s’acharne sur son visage pour lui faire payer,
1:40:30lui découpe sa bouche qui a osé proférer des mensonges.
1:40:33Puis il sépare le corps en deux pour le transporter plus facilement, et le nettoie,
1:40:38pour ne pas laisser de traces. Il charge le tout dans sa voiture et va les déposer,
1:40:42à un bloc à peine de là où vivent sa femme et ses filles. Pour leur
1:40:46faire peur. Pour leur dire qu’il n’a pas oublié, et qu’il leur en veut toujours.
1:40:51Et puis, par la suite, sa collègue et maîtresse Alexandra Partyka comprend ce qu’il a fait. Elle
1:40:56n’est pas bête hein, elle est chirurgienne elle aussi et elle a remarqué des choses,
1:41:00elle a compris que c’est lui, l’assassin que tout le monde cherche.
1:41:03Alors elle va utiliser ce savoir pour le faire chanter, et l’obliger à changer son testament.
1:41:08Il meurt moins d’un an après le meurtre, et le secret s’évanouit presque avec lui.
1:41:13Il aurait littéralement pu passer inaperçu et commettre le crime parfait,
1:41:17si Larry Harnisch n’avait pas déterré son lien avec Elizabeth Short, plus de 50 ans après.
1:41:23Bon. Je ne sais pas ce que vous en pensez, personnellement je trouve
1:41:26que la théorie de Larry Harnisch est vraiment super convaincante.
1:41:30Je ne vais pas vous mentir, la première fois que je l’ai découverte, c’était quand je faisais mes
1:41:34recherches pour le livre sur le Cecil Hotel, et ça m’a complètement retourné le cerveau.
1:41:40Depuis, j’y pense régulièrement et je continue de penser que c’est une théorie solide. Cependant,
1:41:45il y a deux trois petites choses qui me chiffonnent ; avec la théorie,
1:41:49et avec Larry Harnisch lui-même.
1:41:51D’abord, concernant la théorie Walter Bayley.
1:41:53On s’entend sur le fait que, sur le papier, tout fonctionne. Maintenant, à force de la connaître,
1:41:59cette hypothèse, et de l’avoir triturée dans tous les sens, elle m’éblouit un peu moins
1:42:04et je me dis parfois que quand même, tout est un peu tiré par les cheveux.
1:42:08Je m’explique. Oui on peut faire un lien entre Walter Bayley et Elizabeth Short, mais il n’est
1:42:14pas si évident que ça. Dans le sens où on a aucun élément concret qui laisse penser qu’ils
1:42:19se connaissaient. C’est le père d’une amie de la soeur de Beth avec qui elle avait peu de contact.
1:42:25Pareil pour le mobile. Son enfant est mort il y a environ 27 ans jour pour jour et peut-être qu’elle
1:42:30a fait croire qu’elle aussi elle avait perdu un enfant, et peut-être que ça aurait énervé Bayley.
1:42:36Idem pour l’atteinte cérébrale. Il est seulement écrit “encéphalomalacie” sur son acte de décès,
1:42:41donc peut-être qu’il avait une atteinte au lobe frontal qui l’aurait rendu violent et
1:42:45sans empathie, mais comment savoir si c’était bien cette zone du cerveau qui était atteinte ?
1:42:51Bref, vous avez compris… Je ne veux pas du tout descendre Larry Harnisch, je trouve qu’il a
1:42:57fait un boulot incroyable sur l’affaire, et j’ai honnêtement ultra hâte de lire le livre qu’il est
1:43:02en train d’écrire parce que je suis sûre qu’on va vraiment avoir un boulot très qualitatif.
1:43:08Mais... sa théorie, pour l’instant telle qu’il la livre sur Internet, ne me satisfait pas complètement.
1:43:14Déjà, parce qu’elle n’explique pas du tout ce qui a pu arriver
1:43:17à Elizabeth Short pendant la fameuse “semaine manquante”.
1:43:20Je pars du principe que s’il insiste sur le fait que le cabinet du docteur Bayley
1:43:24est si proche du Biltmore Hotel, c’est que, dans la timeline qu’il imagine,
1:43:29Elizabeth Short se serait directement tournée vers Bayley dès le 9 janvier.
1:43:34Mais alors, qu’est-ce qu’il se serait passé ?
1:43:36Est-ce qu’il l’aurait gentiment hébergée au départ, avant de vriller après ? Dans
1:43:41ce cas là, où est-ce qu’il l’a hébergée ? Pourquoi personne ne les a vus ?
1:43:46Ou bien, est-ce qu’il la retenue prisonnière depuis le début ? Mais pareil,
1:43:50où ça ? Certainement pas à son cabinet en tout cas.
1:43:53Bref, je trouve que ça manque d’explications sur cette période là.
1:43:57Ensuite, ce qui m’embête aussi, c’est que Larry Harnisch laisse de côté tout
1:44:01un pan de ce qu’on peut apercevoir de la personnalité du tueur dans cette histoire.
1:44:06A savoir, premièrement, la dimension sexuelle du crime : Elizabeth Short est retrouvée nue,
1:44:11les jambes grandes écartées, avec des lacérations sur le pubis,
1:44:15probablement vi*lée. Tout ça, ça crie “crime sexuel” quand même...
1:44:20Qu’est-ce qu’on en fait, de tout ça,
1:44:22pourquoi est-ce qu’il n’en parle pas du tout dans sa théorie ?
1:44:25Et puis, on parle aussi d’un tueur qui a envoyé un courrier à la presse, pour revendiquer le meurtre,
1:44:31narguer la police, faire parler de lui. C’est clairement quelqu’un de narcissique, avec un
1:44:35ego gigantesque, quelqu’un qui jubile de l’horreur qu’il a commise et qui veut être connu pour ça.
1:44:41Pourquoi est-ce que Walter Bayley aurait fait une chose pareille,
1:44:45s’il a tué Elizabeth sous l’effet d’un coup de colère ?
1:44:48D’ailleurs, s’il avait une atteinte au lobe frontal, aurait-il seulement été capable
1:44:53de faire ce courrier là, en faisant bien attention à ne pas laisser ses empreintes,
1:44:57à retirer des pages dans le carnet d’adresse ?
1:45:00Il faut quand même rappeler, qu’en plus des troubles du comportement,
1:45:03une atteinte de type DFT entraîne généralement des difficultés de planification et de séquençage,
1:45:11ce qui n’est pas ultra compatible avec le fait de commettre un crime sans laisser la
1:45:15moindre trace, sans être vu, et ensuite d’envoyer des lettres anonymes etc.
1:45:20Aussi, qu’est-ce qu’on fait des 3 personnes qui sont venues frapper à la porte des French,
1:45:24début janvier 1947, l’événement qui semble avoir précipité le départ d’Elizabeth Short de San
1:45:29Diego ? Est-ce que c’est juste une coïncidence, une fausse piste qu’on décide de laisser de côté ?
1:45:35Pareil concernant la raison qui l’a poussée à partir de Los Angeles, d’ailleurs. Est-ce
1:45:39qu’on attribue ça uniquement au fait que Beth bougeait énormément d’endroit, très souvent ?
1:45:45Vous voyez, ça c’est des choses qui m’embêtent un petit peu avec la théorie de Larry Harnisch,
1:45:49en tout cas pour l’instant. Peut-être que quand il publiera son livre, avec plus d’éléments,
1:45:54on y verra plus clair. Enfin bon… On en a quand même beaucoup, des éléments, dans cette histoire !
1:45:59Au-delà de tout ça, en faisant mes recherches,
1:46:02je suis souvent tombée sur des trucs qui donnent vraiment l’impression que
1:46:06Steve Hodel et Larry Harnisch se livrent une véritable guéguerre sur Internet.
1:46:11Ils ont maintenant chacun leurs fans, chacun leur camp,
1:46:14et ils s’envoient sans arrêt des piques de façon assez sournoise et interposée…
1:46:19En vrai, je comprends Larry Harnisch, il passe beaucoup de temps à debunk ce que
1:46:23raconte Steve Hodel et je pense vraiment qu’il aspire à rétablir la vérité, mais parfois j’ai
1:46:29l’impression que lui aussi fait preuve de mauvaise foi et qu’il a tendance à fermer
1:46:33les yeux sur les points qui ne l’arrangent pas, comme les fameux enregistrements audios
1:46:37chez George Hodel, dans lesquels il dit qu’il ne voit absolument rien de suspect.
1:46:43Au final, il s’agit quand même d’un flic à la retraite contre un journaliste à la retraite,
1:46:47et vous savez quoi ? Je trouve ça dingue qu’on en revienne à ça. Une guerre d’ego entre
1:46:52la police et la presse qui se déchirent pour avoir raison, pour être celui qui a résolu l’affaire.
1:46:58Alors qu’au milieu de ça on a Elizabeth Short. La victime. Ça fait 77,
1:47:03bientôt 78 ans qu’elle a été brutalement arrachée à la vie.
1:47:07La vérité sur le Dahlia Noir, je vous l’ai dit d’entrée de jeu,
1:47:09c’est que personne ne la détient, cette vérité.
1:47:12J’espère sincèrement que certains l’approchent, et qu’ils parviendront
1:47:16à faire la lumière sur toutes les zones d’ombres que cachent cet énorme dossier.
1:47:21En tout cas, si vous pensez qu’après avoir écouté cette vidéo,
1:47:24vous êtes calés sur l’affaire, je vous arrête tout de suite.
1:47:27J’ai complètement passé sous silence l’existence de personnages pourtant
1:47:31très intéressants, comme Mark Hansen, Patrick O’Reilly ou même George Knowlton,
1:47:37un autre George accusé par son enfant d’avoir assassiné Beth Short.
1:47:41Si je ne vous en ai pas parlé, c’est parce que je ne pense pas qu’ils soient coupables,
1:47:45mais il y a énormément de choses intéressantes à dire sur eux.
1:47:49Là encore, je vous renvoie à "A Short Story" et "La Malédiction du Cecil Hotel" et je vous redis à quel point
1:47:56je vous encourage à faire vous-même vos recherches si vous en avez le temps.
1:48:00Il y a peu d’affaires aussi anciennes avec autant de rabbit holes dans lesquels se perdre,
1:48:05et vraiment, c’est une expérience incroyable à vivre si vous avez soif d’enquête comme moi.
1:48:10Voilà, on est arrivés au bout de cette énorme vidéo. Je sais pas
1:48:13si il y a encore un peu de monde où si je parle complètement seule maintenant.
1:48:18Ceux qui sont toujours là, dites-moi dans les commentaires ce que vous avez pensé de cette vidéo,
1:48:23dites-le moi sincèrement si jamais c’était too much ; si c'était trop long,
1:48:28si ça fonctionne vraiment pas et qu’il faut que je redécoupe la vidéo en deux ou trois épisodes.
1:48:34Personnellement j’ai pas trouvé comment faire pour que ça se scinde en plusieurs parties et
1:48:38que ça reste équilibré, mais voilà, si ça se trouve vous vous allez me dire “mais enfin,
1:48:42c’était évident, tu aurais dû faire comme ça…”
1:48:44Bref, n’hésitez pas à me faire vos retours et puis si la vidéo vous a plu,
1:48:50n’oubliez pas, le pouce en l’air, le commentaire et l’abonnement.
1:48:53Ça ne vous semble probablement pas très important de votre côté mais en vrai,
1:48:57c’est ça qu’analyse Youtube, avec le watchtime évidemment,
1:49:00et parfois c’est assez décourageant de faire tout ce travail pour des vidéos qui sont très peu vues…
1:49:06Donc voilà, si vous avez aimé mon boulot sur cette affaire,
1:49:09faites le savoir au maximum, et je vous en remercie d’avance !
1:49:13Merci aussi aux éditions J'ai Lu d'avoir été le sponsor de cette vidéo !
1:49:17Moi, je vais vous laisser maintenant, je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle vidéo,
1:49:23et en attendant, comme d’habitude ; n’oubliez surtout pas de rallumer vos lumières !
1:49:27[Old Lake, Jesse Walton]