Full transcript
0:00Il y a des images qui valent parfois
0:01plus que tous les discours. Celle-ci est
0:04en fait partie. Une salle qui se vide,
0:06une délégation se lève, puis une
0:08deuxième, puis une troisième. Les
0:10fauteuils se remplissent de vides et
0:12pendant quelques secondes, personne ne
0:14sait vraiment ce qui va se passer. Puis
0:16Benjamin Netaniau arrive à la tribune et
0:18derrière lui, il ne reste presque plus
0:21personne. Ce n'est pas une panne, ce
0:23n'est pas une évacuation, c'est un geste
0:26diplomatique, c'est une protestation la
0:28plus silencieuse, la plus puissante, la
0:31plus implacable. Le premier ministre
0:33israélien s'apprête à prononcer son
0:35discours devant une salle profondément
0:37clairsemée et sa première réaction va
0:39être à l'image de la confrontation qu'il
0:41a précédé. Il lance. S'il reste encore
0:43dans cette salle des lâches qui n'ont
0:45pas quitté les lieux, qu'il le fassent
0:46maintenant. Pour Netaniaou, ceux qui
0:48sont partis sont donc les lâches. Mais
0:50pour beaucoup de ceux qui regardent
0:51cette scène, ce sont peut-être justement
0:54ceux qui sont restés, qui le sont. Et
0:56soudain, une question s'impose : Qui
0:58sont réellement les lâches ? Ceux qui se
1:00lèvent et quittent la salle ou ceux qui
1:03restent assis pendant que Netaniau parle
1:05? Et c'est précisément là que cette
1:07scène devient beaucoup plus intéressante
1:09qu'un simple boycott. Parce que derrière
1:11ces fauteuils vides se cachent une
1:13fracture beaucoup plus profonde. Qui est
1:15parti ? Qui est resté ? Et surtout
1:18pourquoi ? [musique]
1:23Alors commençons par ceux qui sont
1:24partis. Le chiffre est impressionnant.
1:28délégations. Sur les délégations
1:31absentes où ayant quitté la salle
1:33étaient arabes et parmi elle l'Algérie.
1:36Une position qui n'a au fond rien de
1:38surprenant car lorsqu'il s'agit de la
1:40Palestine, Alger a fait du soutien à la
1:43cause palestinienne, l'une des
1:44constantes de sa diplomatie, quitter la
1:46salle face à Netaniau. Pour l'Algérie,
1:49ce geste est presque devenu une marque
1:51de fabrique. Mais cette fois, quelque
1:53chose est différent parce qu'Alger n'est
1:55pas seul. la Syrie, la Jordanie, le
1:58Liban, la Tunisie, la Libye, le Qatar,
2:02l'Arabie Saoudite, l'Égypte et d'autres
2:05encore 18 pays arabes au total. Mais
2:08alors, une question se pose si une
2:10grande partie du monde arabe quitte la
2:12salle, pourquoi certains pays arabes
2:13choisissent-ils eux de rester ? Rester
2:16pour écouter Netaniaah jusqu'au bout
2:18pour entendre son discours, mais aussi
2:21selon l'interprétation que l'on peut
2:22faire de cette présence le cautionner et
2:24surtout le légitimer. Et Nethaniaou ne
2:27va évidemment pas laisser passer
2:28l'occasion. À peine commence-t-il son
2:30discours qu'il lance. S'il reste encore
2:32dans cette salle des lâches qui n'ont
2:33pas quitté les lieux, qu'il le fassent
2:35maintenant. Des lâches. Le mot vise ceux
2:38qui viennent de partir, mais il vise
2:40aussi indirectement ceux qui sont
2:41restés. Car pendant qu'une grande partie
2:44des délégations tourne le dos à
2:45Netaniaahou, certains continuent de
2:47l'écouter et lui transforment cette
2:49salle clairsemée en véritable scène
2:50politique. Regardez son attitude. Le
2:53sourire, la main levée, le geste
2:56d'adieu. Netaniau ne semble plus
2:58chercher à convaincre l'assemblée
2:59générale. Il parle à sa base, à Israël
3:02et surtout à Donald Trump. Netaniaahu
3:05défend Israël contre les accusations de
3:07colonialisme et attaque directement les
3:09puissances occidentales. Ils accusent
3:11Israël, le minuscule Israël, de
3:13colonialisme. Quel colonialisme ! Parmi
3:15eux, il y a des gens en Grande-Bretagne
3:16et en France, bon sens, ce sont eux qui
3:18ont inventé le terme. Puis il changent
3:20de cible, la Turquie. Erdogan qu'il
3:23présente comme un tyran. Le Qatar accusé
3:26de laver le cerveau des jeunes. Et même
3:29le maire de New York, Zoran Mambdani,
3:30qui avait demandé son arrestation et
3:32l'avait qualifié de criminel de guerre.
3:34Puis Netaniaou revient à Gaza et là le
3:36message est sans ambiguïté. Israël doit
3:39terminer le travail. Il défend ses
3:41soldats qu'il présente comme héroïque.
3:43Le message est clair. Israël ne reculera
3:46pas. Et les réactions de la presse vont
3:48justement souligner ce contraste
3:50saisissant entre les paroles de Netaniau
3:52et les images de la salle qui se vid.
3:54D'un côté, Netaniaahu revendique la
3:57fermeté et la résistance. De l'autre,
3:59des dizaines de délégations quittent la
4:01salle. Mais malgré cette scène,
4:03Netaniaou continue comme si ces départs
4:06ne constituaient pas un isolement. Mais
4:07la preuve qu'Israël refuse de céder, eux
4:10partent, lui reste. Et derrière lui,
4:12certains sont restés aussi entre deux
4:14pays arabes, le Maroc et les Émirats.
4:18Pourquoi ces deux-là ? La réponse tient
4:20en quelques mots. Les accords d'Abraham.
4:23Les Émirats arabes unis ont signé leur
4:25accord avec Israël en septembre 2020
4:27avant son entrée en vigueur en 2021. Le
4:30Maroc, lui, a rétabli ses relations avec
4:32Israël en décembre 2020 dans le cadre du
4:35même processus de normalisation, deux
4:37pays arabes, deux normalisations. Et le
4:4124 septembre 2026, deux choix de rester
4:44assis. Pour les Émirats, la logique est
4:47relativement simple. Depuis la
4:49normalisation, Abu Dhabi a maintenu ses
4:51relations diplomatiques et développé sa
4:52coopération avec Israël. Rester dans la
4:55salle, c'est donc préserver cette
4:56relation. Mais pour le Maroc, l'histoire
4:57est beaucoup plus intéressante car le
4:59Maroc ne s'est pas contenté de rester
5:01assis. Lorsque Nasser Burita prend la
5:03parole à son tour, Raba ne se contente
5:05pas de défendre sa présence dans la
5:06salle. Il va beaucoup plus loin. Dans
5:08son discours, Burrita place la lutte
5:10contre les groupes armés et l'extrémisme
5:12au cœur de son intervention. Et surtout,
5:14il annonce que le Maroc participera à la
5:16force internationale de stabilisation de
5:18Gaza avec notamment la formation de
5:20policiers palestiniens, le déploiement
5:23d'officiers marocains et un programme de
5:24lutte contre l'extrémisme.
5:26Maroc a décidé de participer à la force
5:28internationale destinée à contribuer à
5:30la stabilisation de Gaza et à
5:32l'amélioration du climat de paix de
5:33sécurité dans la région
5:36et la mise en œuvre de programme de
5:37lutte contre l'extrémisme.
5:39Autrement dit, pendant que Netaniau
5:41présente la guerre d'Israël comme une
5:42lutte contre ses ennemis, Burrita
5:44reprend lui aussi le vocabulaire de la
5:45lutte contre l'extrémisme.
5:47C'est précisément ce qui a provoqué une
5:49vive réaction sur les réseaux sociaux et
5:50dans certains médias. Le courrier
5:52d'Algérie est même allé jusqu'à titrer
5:55Burita, clone de Netaniaahu, en lui
5:57reprochant notamment d'avoir assimilé la
5:59résistance palestinienne à l'extrémisme.
6:01Et c'est justement cette contradiction
6:02qui rend son discours intéressant. Raba
6:05affirme soutenir la cause palestinienne,
6:07mais dans le même temps, il reprend une
6:09partie du vocabulaire sécuritaire
6:11utilisé par Israël et accepte de
6:13participer à la stabilisation de Gaza.
6:15Alors, simple équilibre diplomatique ou
6:17conséquence directe de la nouvelle
6:19relation entre Rabat et Telivau fond, le
6:22Maroc n'a pas seulement choisi de rester
6:23dans la salle, il a choisi de prendre la
6:25parole. Et à travers cette parole, il a
6:28envoyé un message très clair. La
6:30normalisation avec Israël n'est pas une
6:32parenthèse. Elle est devenue un choix
6:34stratégique. Et pour comprendre pourquoi
6:37Rabat est prêt à assumer un tel coût
6:39politique, il faut revenir à ce que le
6:41Maroc a obtenu en échange de cette
6:42normalisation. Mais comme nous l'avons
6:44déjà détaillé dans une précédente vidéo
6:46qui vient de s'afficher à l'écran, je ne
6:48vais pas revenir ici sur toute cette
6:49séquence. Retenez simplement
6:51l'essentiel, la reconnaissance
6:53américaine de la souveraineté marocaine
6:55sur le Sahara occidental, un acquis
6:57stratégique majeur pour Rabat. Et c'est
6:59précisément ce qui permet de comprendre
7:01pourquoi aujourd'hui encore le Maroc
7:03assume de rester au côté d'Israël, même
7:06lorsque le prix politique devient
7:07beaucoup plus lourd. Mais la fracture ne
7:10se limite pas au monde arabe. Des pays
7:13européens, pourtant liés à Israël par
7:15des relations diplomatiques et
7:16économiques, ont eux aussi choisi de
7:18quitter la salle. l'Espagne, l'Irlande,
7:21la Slovénie, la Macédoine du Nord, la
7:23Bosnie Herzegovine Saint-Marin. Six
7:25délégations et parmi elles, celle de
7:28l'Espagne de Pedro Sanchez dont le
7:29gouvernement avait publiquement qualifié
7:31la situation à Gaza de génocide. Alors,
7:33le contraste devient difficile à
7:35ignorer. L'Égypte et la Jordanie qui ont
7:38des traités de paix avec Israël depuis
7:40des décennies sont partis. Le Maroc et
7:42les Émirats qui ont normalisé leurs
7:44relations plus récemment sont restées et
7:46en Europe, certains partenaires d'Israël
7:47ont eux aussi choisi de partir.
7:49Autrement dit, ce n'est pas simplement
7:51une question de savoir qui entretient
7:52des relations avec Israël. C'est aussi
7:54une question de nature, de la relation,
7:56de calcul diplomatique et de pression
7:59politique intérieure. Et c'est
8:00précisément ce que cette scène révèle.
8:03Une salle qui se vide, un Etanou qui
8:05continue son discours et quelques
8:07délégations qui choisissent de rester.
8:09Parmi elles le Maroc. les Émirats arabes
8:12unis, deux pays qui avaient déjà choisi
8:14la normalisation avec Israël et qui ce
8:17jour-là ont choisi de ne pas prendre
8:19part au mouvement de retrait. À
8:21Washington, le signal est clair, la
8:23relation tient. À Israël, la
8:25normalisation n'est pas remise en cause
8:27par cette crise et au monde arabe, Raba
8:30et Abu Dhabi assumant leur choix
8:32diplomatique. Car dans une salle où 77
8:35délégations ont quitté les lieux, rester
8:37assis n'est évidemment pas un geste
8:38neutre. C'est un choix.
8:40Et ce 24 septembre,
8:43le monde entier pouvait le voir. des
8:45signal décrypter comprendre ne pas subir